Guanxi or not guanxi: de l’art divinatoire des QR codes et autres histoires de trajectoires

Et voilà. Ce qui devait arriver arriva : un chinois m’a craché dessus.
Pas intentionnellement Dieu merci – si ç’avait été le cas, je pense, en toute modestie, que le cours de l’Histoire aurait changé.
Du haut de son vélo. Et moi du bas du mien.
Il y avait pourtant eu des signes avant-coureurs (moment prolongé, très très prolongé, d’éructations diverses), que j’ai sous-estimés, à force d’entendre ces bruitages gutturaux partout et toute la journée. Bizarrement, c’est exactement au moment j’ai mis un coup de pédale un peu énergique –  » Ah-ces-gens-qui-n’avancent-pas-poussez-vous-je-suis-pressée… » énervée pour rien comme toute française qui se respecte- que j’ai eu un pressentiment. Et accessoirement, lorsque j’ai vu la tête du Chinois se tourner en prenant une grande inspiration.. je me suis dit « Et merde ». Et voilà, après quelques « sorry je n’sais quoi » du mec et moi en train de brailler que « putain c’est vraiment dégueu je n’sais quoi, j’ai commencer à philosopher sur ce gros crachat, que fort heureusement (et étonnamment) je n’ai pas reçu dans la face, mais sur le sac en plastique dans le panier du vélo.

Du coup, j’ai eu le temps de l’observer dégouliner le temps d’arriver à destination, et de me faire mon quart d’heure de gym mentale. Non pas sur la vie et la mort d’un glaviot, mais à comment j’en étais (encore) arrivée là. C’est à dire cette position improbable, laquelle à  d’ailleurs un parfum de schizophrénie, à savoir: qu’est ce qui est le plus improbable chelou? Se retrouver à regarder un crachat suinter pendant 20 minutes et se demander si oui ou non on va vomir OU consacrer un article de blog à ça. A ce propos, l’histoire ne dira pas si j’ai pris une photo pour immortaliser ce grand moment de conscience éveillée… quoiqu’il en soit, je vous épargne l’illustration visuelle et on passe directement à la conclusion: et bien ça me pendait au nez (voilà, j’ai stimulé une petite image visuelle tout de même). Ça fait deux ans que j’entends renâcler autour de moi, que j’observe les signaux, et que je n’y prends pas garde, ou pire, que je passe outre (cf. L’article « L’expérience »). Comme si ma posture quotidienne et préférée était finalement une lutte constante avec mon environnement, sorte de sale habitude masochiste.  Laquelle consistant a constamment vouloir courber l’échine du temps et pas la mienne. Et bien sans surprise, ça ne marche pas hein.  Ce jour-ci, j’aurai dû tranquillement rester derrière ce chinois en vélo, comme lui en fait, à profiter de la douceur automnale (et ne pas accélérer). En gros, j’aurai dû m’adapter, et non aller à contre-courant. Et les trajectoires -du crachat et de moi-même- auraient été fort différentes, et chacun aurait vécu sa vie tranquille sans se rencontrer.

Bref, même considération existentielle, quand, un samedi matin, je me retrouve en train d’analyser les scores du FC Barcelone. Sisi. Les réactions en chaîne : « moi qui me cherche il y a deux ans + ah j’ai une nouvelle idée si j’écrivais + ah en fait non + arrivée en Chine + ah en fait si + mais pas comme ça + si je faisais une reconversion + arf nan + ah bah le journalisme c’est ex-ac-te-ment ça + reprise des cours ça faisait longtemps + ah bah oui dans le journalisme il y aussi la presse sportive… (note de l’auteur, oui il y a beaucoup de monde dans ma tête). Voila ricochets, chaînes, maillons, nœuds, liens improbables… bref, c’est un peu comme le guanxi (c’est à dire le « réseau » en chinois), qui se joue des hasards et des coïncidences-qui-n’en-sont pas, tout ça bien mixé dans une auto satisfaction qui te fait dire « tout ça c’est grâce à ma ruse et mon nez fin dans mes choix ». Et bien non, pas que du tout. Dans toute réaction en chaîne qui se respecte, il y a un chinois qui se cache.

Pékin. Assise en train de poser des question à l’un des plus grands artistes de sa génération le matin, quand l’après midi je me retrouve à discuter avec une philosophe dont j’ai passé l’été à lire les livres « par hasard » et qui m’a beaucoup touchée. Coïncidence? J’ai rencontré Tchang à Shanghai, qui m’a recommandée au magazine M. qui voulait faire un reportage et cherchait un-e journaliste francophone. Si j’ai rencontré Tchang à Shanghai, c’est parce que Martine m’a parlée de lui à Paris. Si j’ai pu parler à Martine, c’est parce que Janine lui a parlé de moi. Janine? Je l’ai rencontrée lorsque j’ai travaillé en galerie il y a presque 7 ans. et que l’on est restées amies, etc. etc. Bref, j’ai bien fait d’avoir voulu, à un moment de ma carrière (imaginaire) professionnelle, devenir artiste. Bref, on a compris le principe.

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En France, tu sais que le réseau c’est important. En fait on n’arrête pas de te le rabâcher. « Si t’as pas de réseau t’y arriveras pas, si tu n’es pas dans LE réseau ça ne sert à rien. Et pour rentrer dans LE réseau? Bah il faut du réseau ». Bref, on s’y perd.

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En chine, le réseau (le guanxi) se fait presque à ton insu. Il se tisse tout doucement (plutôt vite en fait) autour de toi sans que tu aies le temps de t’en rendre compte et il devient vite une entité supérieure dont tu deviens le disciple. Pour accéder à ses Voies graalesques : le QR code (et une baguette magique en forme de smartphone). Ici, point de millions de barrages à faire sauter pour arriver là tu veux (c’est à dire connaitre bidule, qui connait l’assistante de machin, qui connait l’assistante en chef de machin-truc qui connait…), il faut juste savoir scanner. D’ailleurs même si les cartes de visite sont encore un rituel en Chine, on a plutôt l’impression que ça fait partie de la déco, genre une sorte une tradi vintage pour se faire plaisir. Ici, ton identité et ce que tu vas en faire passe par WeChat (équivalent en 25 000 fois mieux d’un WhatsApp, Facebook, boîte mail et carte bleue combinés), un QR code et un scan pour pouvoir chopper le contact du voisin. WeChat est un peu la porte entre réel et virtuel ou inversement on ne sait plus bien.

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Quoi qu’il en soit, en soirée, tu souries, tu scannes et tu te fais scanner. Voilà tout. Ensuite, c’est une histoire de savoir manier le boomerang dans ta vie mondaine. Et de s’attendre aux effets, hautement improbables.

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La Chine est un monde de QR codes à part entière. Et comme tu n’y comprends pas grand chose la plupart du temps, ce monde t’apparaît dans une version mystifiée.

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A la caisse, par exemple, tu tends ton smartphone pour payer, et soudain, tout un réseau se met en activité : on te fait scanner un code, puis un autre, et c’est le vendeur qui scanne à son tour un truc, et qui te redemande de scanner quand c’est validé (ou pas, ça c’est moi qui suppute, qui essaie de trouver une logique à tout ces méandres bordélo-mystiques), et qui soudain, te sort cette phrase fatidique « Wait a moment ». Moi, maintenant, je l’interprète comme un mauvais présage le « Wait a moment« . Ou comme un sort que le chinois te jette. Un moment, c’est assez aléatoire en terme de durée, mais ici, il a tendance à beaucoup durer…. Le Chinois est un marseillais qui s’ignore. Bref tu soupires, et tu enlèves ton manteau, en te disant que tu n’es pas sortie de l’auberge, et tu t’apprêtes à annuler tout tes RDV de la journée (rien que ça), déjà lancée dans un élan dramatique. Un autre vendeur revient, re-scanne ledit truc, ou un autre truc, tu n’arrives pas vraiment à suivre le fil. Cinq vendeurs plus tard, tu as enfin réussi à payer (enfin quelqu’un visiblement l’a fait pour toi). Pourquoi tout ce bazar ? D’une je ne saurai jamais vraiment, mais de deux, c’est parce que chacun a un rôle bien assigné, duquel il ne déborde jamais (ce qui complique les chose lorsque tu es un être humain et logiquement, doué de bon sens). Ainsi, dans mes méditations pseudo-philosophiques, je me suis dit que, hormis les QR codes, quand même, les Chinois adorent le concept de « réseau » et doivent se percevoir comme les maillons d’une immense chaîne ou d’une immense métaphore idéologique. Ou comme les savants tisserands d’une toile d’araignée, dont, parfois, tu aurais la désagréable sensation d’être au centre. Il y a toujours la personne a qui tu t’adresses et les autres, mystérieuses, cachées derrière. Sens du service ou façon de se dédouaner de tout? Et de refiler le taf à son voisin parce que c’est chiant de le faire soi-même. Parce que le guanxi, le fameux, s’il se définit comme l’équivalent du réseau, des connexions, en français, se définit aussi comme : « une orientation de l’esprit qui conduit à mobiliser les réseaux de relations dès lors qu’on se trouve face à un problème… »

Coïncidence, coup du guanxi, boomerang qui te revient dans la tronche, habile calcul… ça trajecte fort aux alentours et dans ta tête. Finalement tout ça c’est une philosophie de vie que je pourrais intituler « De l’Art de recevoir un Crachat« . Tu le rejettes ou tu le transformes. Et oui qui sait? D’avoir été dans la trajectoire du crachat me rendra peut-être célèbre (Alors, oui, je le redis, j’espère beaucoup et toujours être « repérée » en tant qu’auteur pétrie de génie, d’humour et de finesse à travers ce blog). Quoiqu’il en soit, les coïncidences qui n’en sont pas, moi, je n’y crois pas. (hors de question d’avoir pris un crachat pour rien bordel!).

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Shanghai vs Verneuil, le retour, les rituels

Aujourd’hui c’est vendredi. Et pas n’importe lequel, puisque nous sommes le 1er septembre, date marquante pour plusieurs raisons. En 2017, rien de foufou :

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Par contre historiquement parlant, c’est le jour de la mort de louis XIV, et surtout, celui de ma naissance. Voilà, cette année donc, le 1er septembre est bien un vendredi saint. Mais pour une fois, je ne suis pas mon rituel à la lettre, puisque je suis en terre étrangère (je ne suis ni à Verneuil ni à Paris quoi), sans les potes, la famille et un public en folie. Oui, j’adore le jour de mon anniversaire, je me sens différente, un peu extraordinaire… même si, les années passant, j’ai une pensée de plus en plus angoissée pour ce cher Honoré (de Balzac) et sa peau de chagrin. L’avantage, c’est que cette pensée se transforme vite en une action positive et immédiate (non, pas que se saouler au champagne toute la journée pour oublier le temps qui passe), mais plutôt se bouger sans tergiverser pendant des plombes. En gros, arrêter de procrastiner. Et le résultat est finalement assez concret. Premièrement, faire ce qui est marqué sur la liste annuelle (passée et à venir..) des Choses à faire et accomplir, et surtout, y ajouter « Arrêter d’ajouter des Choses à faire ». Et deuxièmement, prioriser. Ma vie ressemble a un business plan d’entreprise, oui. Manque juste le cash flow. Mais bon, hein, l’argent ne faisant pas le bonheur, comme chacun sait… Je cherche Autre Chose. Alors, cet été, j’ai anticipé. L’été de mes 34 ans-et-demi – cette pensée d’atteindre un chiffre rond que l’on ne peux plus confondre.. « 31, 32, ah j’ai 33 ans, je ne sais plus tu sais ça passe tellement vite hein.. « Oui ben là, non, j’ai 35 ans, c’est clair et point final. Bref, je me suis dit qu’il était important que mon été soit réussi : comprendre, pas juste une gigantesque teuf de deux mois, et revenir pâle, cernée et déprimée par la rentrée. Alors, j’ai commencé le fameux bouquin dont je me dit qu’il fallait ab-so-lu-ment que je commence à un moment de ma vie (j’arrête les deadline trop stressante), et je me dit ça depuis.. Donc tadam, roulement de trompettes et braillement de tambours, et inversement! That is done. J’ai en fin commencé. De ce fait, j’ai commencé à écrire mon livre avant mes 35 ans. Bref, sentiment de satisfaction, car avant même la rentrée (oui c’est ça aussi le 1er septembre), et bien j’ai déjà géré une résolution, d’une année et d’une vie. Pas désagréable ce petit sentiment de supériorité sur les autres moi-même. Cadeau de moi à moi-même.

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Quoiqu’il en soit, le 1er septembre, on commémore

Sortie tout droit de l’été normand (on ne sait plus bien météorologiquement le caractériser, ça devient un concept pur), je suis de retour à Shanghai. Enfin, j’étais déjà de retour à Verneuil ET aussi à Paris. C’est bien les maisons de cœur mais c’est un peu perturbant. Étonnamment, après 6 mois d’absence en France, y revenir n’a pas été déroutant (ça ne m’a pas « fait bizarre » comme on dit).. et idem lors du retour en Chine. Je ne vais nulle part, je retourne partout? A moins que désormais ce ne soit l’inverse. J’imaginais lors de mes insomnies récurrentes (ce décalage horaire et mental qui t’ouvre des portes spatio-temporelles insoupçonnées avec toi-même) que mon home pouvait être l’ensemble de ces espaces accumulés. La maison des parents -de l’enfance donc, le jardin,  le Pot d’étain -QG dont les patrons te connaissent mieux que tes parents, la célèbre (mais pas autant que le bar suc-cité) piscine de verneuil, des rues particulières de paris, les apparts des potes… bref, que tout cela était finalement une sorte d’espace à moi, mon intérieur, large et plutôt émotionnellement dense. Et je me suis sentie bien, moins défractée. C’est où chez moi? ben chez moi. Moi quoi.

Plus trivialement, j’ai trouvé  des similitudes entre Shanghai et Verneuil : les tours (pour la petite histoire et les rares ignorants, Verneuil abrite quand même la tour qui a inspiré l’architecture de celle du Herald Tribune à Chicago, et oui, petit sceptique tu peux vérifier ici)…

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Verneuil
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Shanghai

…l’art de l’étalagisme (c’est à dire un discernement dont les critères restent mystérieux)…

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La vitrine de l’opticien

…le mélange des genres (Verneuil est elle aussi éclectique et pense que se boboïser, c’est mélanger tout et n’importe quoi)…

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Chez l’esthéticienne

… le génie des titres (Verneuil incarne le printemps des poètes toute l’année).

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L’ère de re-peau, l’institut de beauté

Et je n’ai pas pris en photo quelques petits looks sympathiques tout droit issus de la collection printemps-été 2018 sur le marché du samedi). Et, oui je pense à tort que les choses sont acquises ici, et du coup, je me relâche et je ne prends pas mon appareil photo. Il y a aussi les mêmes gesticulations pour te faire comprendre dans les commerces (oui, un toc pris en Chine, pour être sure pour tenter te faire comprendre, ce qui a pour résultat l’obtention du même regard médusé de la part dudit commerçant, qu’il soit chinois ou français). Je ne m’appesantirais pas sur les grands moments de solitude lors des discussions au comptoir des bars, grandes surface et autres messes sociales. Finalement la province m’amuse autant que la Chine (dit-elle d’une voix provenant de Paris-la-suprême). Mais j’ai le droit, puisque je suis née à Verneuil (une des dernières, d’ailleurs).

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Après un vol chaotique, me voilà donc en amerrissage à Shanghai, reconstruisant mon espace intérieur, rituels du décalage horaire. Sauf qu’à Shanghai c’est moins évident qu’à Verneuil ou même à Paris. Il y a quelque chose d’immuable en France -tout, en fait – ce qui ne se vérifie absolument pas en Chine. Tout change. On a même l’impression que les pierres et le bitume sont vivants. Et finalement, les deux me conviennent : la bulle-madeleine (oui je parle de Proust de la Tour (de la Madeleine, pour le coup)) qui semble n’attendre que mon retour, où les parfums (de poulet rôti, de métro parisien, d’épandage normand) procurent un sentiment de plaisir viscéral -ton corps sait d’ou tu viens, et la bulle-Sisyphe dans laquelle tu peines à pénétrer, puisque ses contours changent en permanence, les repères sont difficiles à ancrer- tu serais plutôt en train de la pousser cette bulle, d’ailleurs. Alors, revenir à Shanghai, c’est finalement se demander si « avant » de partir a vraiment exister. En Chine, tout est éternel recommencement, finalement, et ça te rappelle ta nature de mammifère, c’est à dire un être qui est sensé s’adapter à toute situation… C’est dynamique, mais chiant. Oui, on est un peu des hybrides ici, à ressentir des sentiments contradictoires dans un même temps : les situations sont drôles et pénibles en règle générale. Quoi qu’il en soit, je ne désespère pas d’y installer, enfin, adapter, mes rituels. Qui peuvent être un peu chelou (mais ici le chelou est un concept acquis voir une philosophie de vie) mais non moins essentiels pour m’y retrouver (pauvre petite normande perdue chez les chinois). Et mon anniv, bien sûr, c’est LE plus important, puisque ça fait quand même une bonne vingtaine d’années que je m’évertue à le rendre parfait et efficace. Mais je ne vais pas y revenir.

Les rituels, dont la définition est « un ensemble de rites choisis comme procédés effectués sur une base régulière dans un but spécifique ». Me concernant, le but spécifique serait plutôt l’autosatisfaction, plaisir vaguement inexplicable mais hautement rassurant. Tout comme mon amour inconditionnel pour les listes, les programmes, l’organisation. Même si je peux parfois vouer un culte à la spontanéité… et tout autant à l’incohérence.

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Bref, le cérémoniel, je trouve ça important, ça structure ou ça comble une vacuité? En tous cas ça rend les petites choses plus croustillantes. Et plus belles, ce qui ne gâche rien. Pour conclure, et si je n’avais pas été claire, les rituels, je préfère penser que c’est plutôt pour profiter le plus efficacement possible de cette grande autoroute du plaisir que peut être une journée. Même une journée de rentrée.

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L’Expérience

Le bon déroulement du programme (de publications du blog) est temporairement perturbé, du fait d’une expérience cosmique vécue récemment, brouillant ma relation au temps et à l’univers. « Quand tes potes viennent te rendre visite en Chine » est donc reporté de quelques semaines, le temps que je partage (et digère) ma vision.

Expérience, définition : « Fait d’acquérir, volontairement ou non, ou de développer la connaissance des êtres et des choses par leur pratique et par une confrontation plus ou moins longue de soi avec le monde » ( on peut remplacer le monde par la Chine)

Le plus grand récit cosmogonique de Chine décrit la création du monde par un dieu originel nommé Pan Gu. L’étrange personnage au crâne dégarni de l’image. Il serait né de la rencontre du Yin et du Yang, les deux forces primordiales de l’univers, comme chacun sait – et ce qui explique la déco du ballon qu’il tient entre ses divines mains. « De son souffle naquirent le vent et les nuages« , paraît-il, « puis sa voix se mua en tonnerre, son œil gauche en soleil, son œil droit en lune, ses cheveux et ses moustaches en étoiles dans le ciel. Les autres parties de son corps donnèrent naissance à des éléments constitutifs de la terre. De sa transpiration jaillirent la pluie et la rosée« . Lorsque j’ai appris l’histoire de la fantastique naissance de Pan Gu, les doutes se sont levés (en partie) quant à ma mésaventure récente, son pourquoi et son comment. J’ai rencontré Pan Gu les gars.

Je l’ai rencontré, un lundi matin de juin, chaotico-cauchemardesque-et-qui-restera-gravé-dans-ma-mémoire-à-tout-jamais. Un lundi aux prises de forces mystérieuses et incontrôlables. Alors au lieu d’attribuer la faute à n’importe quelle divinité ou supériorité en tous genres (ou moi, tout simplement), je me suis cultivée un peu, j’ai enquêté, histoire d’entraîner quelqu’un (ou quelque chose) dans ma chute. Pour me sentir moins seule quoi. Entre sciences occultes, magie et mythologie (la religion, pour faire court) Pan Gu m’est alors apparu comme le coupable idéal. La maître de la manœuvre. Probablement parce que ce matin là, il pleuvait à torrent (« De sa transpiration jaillirent la pluie et la rosée ») et que c’est lui apparemment qui maîtrise le bien et le mal, qui te place au centre de la centrifugeuse, dans l’œil du cyclone – du gros bordel que peut parfois être la vie- et te regarde un bon moment en découdre avec les courants… pour te repêcher juste avant la noyade, et te déposer sur la touche. Et puis, aussi, je trouve qu’il porte assez bien sur son visage ce côté « c’est moi qui décide » « c’est qui le boss». Après tout , c’est lui le dieu de l’univers, il peut se permettre d’avoir d’une, un logo qui claque, et de deux une tête de tueur. Bon bref, en ayant vu l’image de Pan Gu à la suite d’un enchaînement d’un nombre incalculable de merdes pour le dire vulgairement (on m’a aussi fait remarquer avec une charmante expression « qu’en général une merde n’arrive jamais seule, mais toujours en escadron » ), j’ai une vision, un nano-moment « Eureka ».

Levée de bon matin un lundi -chose assez inhabituelle pour être notée et valorisée, étant donnée ma haine viscérale et originelle des lundis, et cela même en vacances, c’est pour dire – j’ai tout de suite senti que ça n’allait pas le faire. Intuition nébuleuse -celle que l’on connaît bien, et qui précède généralement presque tous les escadrons merdiques d’une vie- celle dont on s’était juré de suivre la prochaine fois. Et bien non.

Persuadée de contrer ton double maléfique, cette incarnation paroxysmique de la flemme, tu fonces. Hop 7h, tu te mets à la verticale tant bien que mal, et tu ouvres les rideaux. Comme dit, Pan Gu est en pleine sudation. C’est-à-dire qu’il pleut des torrents d’eau, non pas parce que tu n’as pas de chance, mais parce que c’est le cas depuis plusieurs jours, puisque c’est la saison des pluies. Rien de foufou donc. Ce n’est pas très engageant, mais bon. Lundi matin, beurk, se lever tôt, re-beurk, pour aller bosser, sur-beurk, sous les chutes du Niagara – sur-re-beurk. Devant aller donner un cours de Pilates à environ 30 km de chez moi dans la pampa (comprendre une des banlieues riches de Shanghai), sans station de métro à proximité (infrastructure adaptée à la classe sociale prédominante du quartier), et surtout, avec une adresse assez peu claire de l’endroit où je dois me rendre. Je décide donc de prendre le taxi, avec une certaine réticence, parce que d’une il pleut et qu’ils sont par conséquent rares, et deux, j’ai déjà un historique extrêmement peu engageant avec les taxis chinois. Mais bon, n’ayant pas vraiment le choix – ben si en fait, celui de « ça fait déjà quelques bonnes raisons pour rester à la maison », mais, non, je sors. Me voilà donc partie avec mon barda de tapis, de kway, de sacs, de parapluie, à la recherche d’un taxi. En bas de l’immeuble, le garde (un avatar de Pan Gu ?) qui d’habitude « peut » -c’est-à-dire, des fois oui, des fois non, appeler un taxi pour toi, là clairement, ne peut pas. « Ah non, il pleut, alors pas de taxi ». OK. Tu pourrais encore remonter. Mais toujours pas, te voilà partie sous la pluie battante, genre tu es déjà en situation de noyade au bout de 10 mètres. Et puis, oh miracle (« L’Enfer est pavé de bonnes intentions »), un taxi s’arrête. Mais en fait, le mec n’a pas envie d’aller dans la fameuse pampa, alors après avoir tenté de le convaincre dans un sombre mais non moins sympathique dialecte, il décide tout de même de stopper la course. Moi qui m’était déjà étalée sur la banquette, je ramasse tout à l’arrache et je sors, sous les chutes d’eau, toujours. La raison aurait voulu que j’abandonne à ce moment précis. Pas Pan Gu.

Je hèle un autre taxi sans conviction… qui finalement s’arrête. Lueur d’espoir, il a l’air sympa, je m’installe avec le sourire, et vais lui donner l’adresse… quand soudain.

Tu tâtes tes poches. Ce fameux petit moment, celui où tu te dis.. rien, en fait, tu ne dis rien car tu le sais déjà.

Voilà, le portable est resté dans l’autre taxi, celui du mal. L’adresse de destination aussi, du coup. Étrangement, au lieu de demander au conducteur sympa de te ramener chez toi parce que depuis 1 heure que tu es sortie, ça commence à enchaîner un peu trop, que l’heure tourne et que tu commences à être vraiment en retard pour un cours d’une heure seulement… et bien non, tu t’accroches à on ne sait quoi, et l’aventure continue. Pendant les 40 minutes de route vers l’inconnu, tu as le temps de bien bader : tu as perdu tous tes contacts, mais plus encore, tu as perdu ton compte WeChat. Alors, petit aparté pour toi qui ne vit pas en  chine. WeChat, c’est: tes contacts, tes groupes de clients, de soirées, de quartier, ton facebook, ton instagram, ton pass navigo, ton vélo, ton porte monnaie, ta carte bancaire, ton cordon ombilical avec le monde de la conso. Avec le monde tout court ici. Bon, tu essaies malgré tout de rester cool, de maîtriser les changements de couleurs qui transforment ton visage en un truc effrayant. Il y a peut être un centre des objets trouvés (mais bien sûr).  Le problème n°1 dans le cas qui t’occupe : c’est l’adresse exacte de destination et le paiement du taxi. Heureusement tu as pris un peu de cash, 15 balles, autant dire, par grand-chose mais tout de même. A 7,50 euros de course, toujours pas arrivé parce que… et bien tu ne sais pas où tu vas, tu stoppes le taxi. Sans attendre son reste – ni se demander quoique ce soit comme « Pourquoi elle me stoppe au milieu de nulle part » (cette fameuse et douloureuse question pourquoi pour un chinois hein) – il te laisse sur le bas côté d’une sorte d’autoroute, sous la flotte toujours, sans habitation autour. Même constat pour toi: Pourquoi ne pas faire demi tour parce-que-ça-craint-un-peu-tout-ça… Non. Hop, tu descends, en essayant de garder un brin de dignité.

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N’ayant plus de portable, il faut absolument que tu trouves la maison de ta cliente – c’est le nouvel objectif – pour la prévenir, d’autant que c’était ton premier cours avec ce groupe, évidemment, si cela était nécessaire de le préciser. Tu es dans la bonne rue, ça tu en es sure, mais tu ne sais plus quel numéro. La rue est longue, puisque c’est en fait une autoroute. Avec des villas éparpillées sur 10km. Alors le calvaire (qui n’avait pas vraiment commencé en fait) commence. Traînant tout ton barda, ta croix en quelque sorte, le long de la route, tu ne le sais pas encore, mais tu vas mettre 3 heures (TROIS) à trouver la maison ou tu devais donner un cours. A jeun, bien sûr, sans eau (à boire, à moins de suçoter tes fringues) – ça te rappelle le calvaire de Tantale, condamné à avoir faim et soif pour l’éternité, alors qu’il était plongé dans une rivière d’eau pure avec des arbres fruitiers à portée de mains…

Les choses se sont comme suspendues à ce moment là. Pendant ta longue marche. Un plan en chinois flotte dans ton esprit, tu as jeté de rage ton parapluie dans le fossé, et c’est moins une pour que tu ne jettes pas tout ton bordel en prime. Après avoir éclusé quelques compounds, une personne, sorte d’ange avec une aura lumineuse autour d’elle, fait son apparition. Elle te propose de l’aide. Elle est Il et Il est suisse. Je tiens à le préciser. Le Suisse me prend donc sous son aile d’ange, il a une voiture et il parle chinois, sorte de miracle. Et il essaie de résoudre mes problèmes un par un. Le portable ? C’est foutu, je n’ai pas de facture pour identifier la compagnie. Mon compte WeChat, idem, puisque je ne l’ai pas lié avec une adresse mail. L’argent qui est dessus.. bah.. [liste non exhaustive]. Bref, je ne peux donc pas joindre les personnes qui m’attendent, ni personne d’ailleurs. Je ne suis plus joignable non plus. Le but ultime devient donc : trouver la maison. D’une, parce que tout ça pour repartir bredouille c’est inconcevable, et de deux, continuer au risque d’enchaîner d’autre merdes c’est encore possible mais tu as passé une sorte de niveau, c’est là que ton vaudeville se transforme en expérience. Alors autant explorer les relations (privilégiées, apparemment) que tu entretiens avec l’univers, jusqu’au bout. Le Suisse arrive par des tours de passe passe à découvrir la maison que je cherche, mais me dit d’un air désolé : « ben c’est au n° 1 de la rue ». « Ah d’accord » (on est au 588). Il n’a pas le temps de m’emmener. « Non mais ne vous inquiétez pas, je vais marcher, pas de souci ».

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Avec mon pote Pan Gu. 1h30 plus tard, devant le compound recherché: le Chinois qui garde l’entrée (autre avatar d’un esprit malfaisant) me dit que je dois faire erreur, et me renvoie de l’autre côté de l’autoroute, dans un autre compound de villas. Le garde, un autre, m’entendant parler une sorte de patois sino-anglais, se met à se marrer. Il est là le moment décisif. Celui où il peut se passer des possibilités multiples susceptibles de changer le cours de ton destin : le gifler, lui jeter tes pompes trempées pleines de boue à la tête (tu as les images bien nettes dans ta tête), hurler, te mettre à pleurer.. ou le fixer intensément en essayant de lui jeter un sort. J’ai regardé à travers lui, il a arrêté de rire (peut-être a-t-il eu lui aussi une vision) et m’en suis retournée voir l’autre garde, le premier, sur le coup d’une intuition. Un indice de survie de la part de Pan Gu? Finalement, à 12h30, soit 4h30 après être partie de chez moi, je frappe enfin à la bonne porte. Je ne sais pas à quoi je ressemblais a ce moment là, probablement à un ectoplasme boueux et en sueur.

Ce jour là, journée de jeûne et chemin de croix, m’a rappelé que la Chine, et bah c’était pas acquis. Je ne suis pas plus pieuse, mais je considère la pluie et les éléments d’une autre façon c’est certain (mais ça, à vrai dire, depuis mon arrivée en Chine). Pan Gu finalement, m’a rappelé en ricanant  qu’il ne fallait pas prendre la confiance trop vite non plus (et aussi qu’un téléphone portable n’était pas une vie). Je pense toujours que les taxis chinois sont des avatars du Yin, et les Suisses, du coup, des incarnations du Yang. L’autoroute du pèlerinage t’aura fait relativiser plein de trucs sur ta vie,  la longévités (assez incroyable) des crampes entre autres, jusqu’à cette ultime conclusion, à la chinoise: « J’m’en fous je trace ». Voilà, « Je m’en fous de tout ce bordel de portable, de taxi, de thunes, etc.  Je marche et c’est tout ». Et me suis sentie subitement plus légère. Comme un rituel de passage qui venait de s’accomplir. Ou comme un moment « No future », une téléportation en adolescence. Pas si désagréable.

Mais bon, quoi qu’il en soit, la prochaine fois, je reste au lit.

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Heymo’wning! Matin éternel, tintamarre et folie douce

« Mo’ning! », « ‘Dmonin‘! », « Hey! ‘wnin’! », « Heymooonin’! », « Heym’nin! »… La rue te salue. Autant d’interprétations musicales du fameux « Good Morning » qu’il y a de chinois (oui ça fait beaucoup), les saluts cacophenthousiastes des commerçants fusent en tous sens, dès que tu arpentes les rues de la ville. Un grand tintamarre fort en décibels, dont tu ne retiens finalement que les -ing’, -nin’, win’ (un vaste gling-gling quoi), ces carillons  qui viennent te sonner les oreilles, se répercuter dans ta tête encore embrumée… pour finalement finir leur route dans ton sourire. Pincé, blasé ou franc. Tout dépend de ton niveau de tolérance sonore du moment (et du degré de folie de la nuit passée).

Le Good Morning chinois, dont j’essaie sommairement -des heures de répèt’ devant mon ordinateur- de reproduire l’accent aussi mystérieux qu’il est typique, est unique en son genre (même s’il existe 1,5 milliards de variations). Le « r » étant imprononçable pour les Chinois, que ce soit en version française ou anglaise, ils le remplacent donc par cette fameuse voyelle (réciproquement imprononçable par les non-chinois) cet étrange [eu] profond, guttural, qui se forme au fond de la gorge, langue repliée vers le palais, que toi petit français à la mâchoire rigide tu peines et tu luttes, tu luttes et tu peines à prononcer (essayer de prononcer). Et lorsque ce son mystique est placé entre deux autres syllabes (ce qui est le cas la plupart du temps, ça s’appelle des mots) malgré ta gymnastique buccale (et voir plus) acharnée, le résultat n’est pas vraiment probant…Ta prof de chinois, patiente, mais non moins blasée, te regardes suer en souriant. Au final, tu ressembles plutôt à un mime échappé d’un programme nocturne spécial-danse-contemporaine-sur-Arte : un peu chiant et surtout qui ne s’arrête jamais. Fin de la première digression.

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L’apprentissage du chinois décourage pas mal de monde

 

Heymowning! Mais quelle heure est -il? Peu importe, car l’expession est lancée comme un hameçon (et oui, c’est toi le poisson en déroute) à tout heure du jour et de la nuit, que tu sortes d’un bar, que tu entres dans un restaurant… Du coup toi, d’entendre un vague « Good Morning » n’importe quand, te fait tiquer. Douter. Même dans ton crypto-anglais de français, tu sais que « Good Morning » veut dire bonjour, et que donc, il s’emploie le matin, voilà tout. Good morning la nuit, ça te semble bizarre (enfin ça s’ajoute à toutes les autres multitudes de bizarreries). Après de nombreux froncements de sourcils en réponse à un « heymoning« , dit en général très rapidement, sifflé presque, tu te demandes s’il a vraiment été prononcé (ou si c’est dans ta tête. Ou si c’était en fait un mot chinois.) Tu te demandes, parce que le temps de (croire) l’entendre, de t’arrêter, de froncer les sourcils donc, que ça ricoche dans ton esprit.. de percuter quoi, il s’est quand même passer un peu de temps (l’étendue dudit temps va dépendre de l’heure et de l’activité – sortir du bar ou y entrer) (avant ou après le café du matin). Bref, le temps que tu tiltes, que tu regardes la canne à pêche (le chinois commerçant en l’occurrence), et bien tu fais face à un gigantesque sourire franc et naturel (ironie quand tu nous tiens), genre tout est normal (voir la photo d’en-tête), et tu te demandes donc, si tu as bien entendu.

Sur ladite photos, on y aperçoit deux winners. Petit aparté: ce n’est même pas du cynime, ce café s’appelle « Double Win », donc j’en déduis que lorsque tu y es employé, et bien ton job, ta mission dans la vie, c’est d’être un double winner. C’est cool non? En tous cas ça donne envie de bosser. Oui, le coaching d’entreprise est en plein boom en chine, et ça se sent. Bref.

Pour en revenir à nous poissons, tu es un peu désarçonné avec ce « moning » en plein après-midi, et lancé au travers d’une musique d’ambiance (chez « Double Win » c’est une playslist entre dance, techno et variété française de temps en temps). Oui le DJing est aussi en pleine apogée. Il faut imaginer : tu te ballades tranquille dans ta rue ( je dis ma rue maintenant, je prends confiance ), rue absolument éclectique (plus d’éclectisme n’existe pas, c’est impossible. Car au-delà, on emploierait le mot chaos). Entre boutiques ultra design, faussement branchouilles, fleuristes chics, boui-boui chinois tout mignon mais-bizarrement-tu-n’y-as-pas-encore-mangé, cantines et restaus en tous genres, on y croise naturellement faune en tous genres, qu’il faut contenter. Chacun se crée donc sa petite atmosphère, son aura. Chaque échoppe à pignon sur rue et s’auto-ambiance: tu passes donc d’une dance qui braille, à 100 mètres plus loin, de la musique traditionnelle chinoise (qui braille tout autant). Et le cri de ralliement, le fil conducteur mais qui te perd -le fil chinois- vous l’aurez deviné, et bien c’est notre « Heygooodmowning!« .

La force du chinois réside en ça : tout est inversable.

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Toujours plus haut, toujours plus fort

 

Tout ce qui est compliqué peut-être simple, et inversement. Un rapport avec l’histoire du Yin et du Yang? Je ne sais pas. Car tout de même, dans la langue chinoise, il existe une palanquée de mots pour qualifier le temps, pour différencier chaque moment de la journée. Ces mots ont d’ailleurs une importance telle que parfois -comprendre « souvent mais pas à chaque fois » (une sorte de principe brouillé mais néanmoins acquis, qui domine la grammaire chinoise) – ils se substituent à l’accord temporel du verbe. Ça donne un truc du genre « Hier à 15 heures de l’après-midi je suis à la piscine« . Bref, le temps en Chine et la façon de l’exprimer, c’est important. Alors.. Pourquoi réduire à un simple « mownin’  » l’ensemble du jour et de la nuit? D’autant qu’il existe un mot pour ça et que ce même mot (« hello » pour ceux qui ne suivent pas les tiroirs de la digression) est quand même plus simple a prononcer. Mystère (encore un). Toutefois, quelqu’un m’a dit récemment  » Les Chinois accordent de l’importance a l’harmonie, pas à la cohérence« .  A méditer.

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J’ai bien essayé de combattre l’illusion collective à coup de « No no, good afternoon! You know it is the afternoon now, not the morning » par exemple, ça commençait à me rendre un peu dingue ces répétitions sans queue ni tête de gling-gling, mais j’ai eu l’impression de leur faire tellement de peine… Et d’être la rabat-joie du quartier. L’impression de tout gâcher, tout ça à cause d’un cartésianisme occidental, chiant et psycho rigide. Si les chinois préfèrent vivre le matin… et bien soit, soyons toujours le matin! Le Chinois à l’art de la solution. Plus que sa boutique, c’est lui-même qu’il auto-ambiance. Sorte de méthode Coué.  Les fleurs qui flottent autour des winners sur la photo, et bien elles existent. Peu importe si ce n’est que dans ta tête. Oui dans ma rue, c’est un peu hippieland. On est tous contents. On boit des cafés-du-matin toute la journée, pris dans une sorte de boucle hyptonico-utopique. Un peu comme un poisson rouge et sa mémoire de 3 secondes qui se réinvente une journée toutes les heures. Un good morning – un bon moment donc, qui prend toute sa saveur, qui vient donner de l’épaisseur à des futilités, des choses banales. L’aventure du quotidien ici. Le temps chinois, joyeux et inqualifiable, baigné dans une insouciance, une nonchalance communicative. Jusqu’à temps que toi, un peu au bout du rouleau, tu ne puisses pas t’empêcher de penser « Nan mais ils sont graves, quand même« .

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A la recherche d’un truc minuscule mais surement miraculeux

 

Dernier palier de digression, qu’on voit un peu où je veux en venir:

Le chinois n’aime pas les questions (oui, je décrète). En tous cas, il faut qu’elles restent dans les cases. L’exemple de la formule au restau en est un bon – même s’il est un peu énervant, il reste fun – mais quand on commence à naviguer dans d’autres sphères c’est une autre paire de manche. Des manches sans bras qui te désarment, essayez de visualiser. Bref. A une formule : café + jus d’orange+ deux toasts (pour vous rendre la chose plus concrète, car ne vous y trompez pas, ce n’est pas le vrai petit déjeuner chinois ça), quand tu veux un jus de carotte, un thé ou un toast en plus, c’est la panique à bord…Toute la hiérarchie de l’établissement s’affole autour de toi et brainstorme : Comment on va faire? Et ça prend un peu de temps, quand même, avant que finalement ce soit toi qui capitules. Alors je vous laisse imaginer ce qui se passe quand les questions sont d’un ordre professionnel et qu’elles engagent un mec, son avis. Et bien, rien, il ne se passe rien. Ainsi, je suis passée de « rédactrice arts et culture »  à « journaliste d’investigation ». A la question « Pourquoi? »… pouf, reste le fameux sourire, inqualifiable, mais quand même : tu sens bien le malaise. Tu essaies d’adapter ta stratégie, tu tergiverses, tu tournicotes autour du pot, tu fais des cercles autour de ton petit Chinois.. Tu changes vaguement de sujet « Oh tiens j’adore les litchis, c’est tellement chinois. Saviez-vous que, quand vous mangez un ou deux litchis, le résultat sur un alcootest est identique à deux verre d’alcool? Non? C’est ma prof de chinois qui me l’a dit. Oui j’apprend le chinois, j’adore. Sinon du coup, vous n’auriez pas un jus de « xigua » à la place du jus d’orange dans le menu? Oui haha je sais dire « pastèque » en chinois. Et sinon vous pensez quoi du nouveau musée qui vient d’ouvrir? Nan mais comme ça, entre nous. Si vous me le dites, je prends le jus d’orange et on n’en parle plus.  » Tourbillon psychédélique, dans le quel évidemment, tu te noies, pauvre poisson pas aidé (pas chinois). Tu ne gagnes jamais. Et tu te heurtes au sempiternel « Sorry, I cant hep you« , slogan répété en boucle (c’est la fonction d’un slogan), malgré tes changements de tons, tes arabesques et autres circonvolutions… jusqu’à ce que tu pètes un câble. Ou que tu abandonnes la partie, et restes surfer tranquille le chat sur les « hyymorning! » et-pi-c’est-tout. [Note de l’auteur: j’espère que le lecteur suit bien la métaphore filée du chat et du poisson]

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A quoi bon transformer un monde de licornes en chevaux ? Petit a petit tu commences à répondre aussi « Morning! » en braillant à 23h. D’ailleurs c’est quand tu tentes un « Nihao » que le Chinois à côté tique (un peu comme toi avec leurs « morning« ).  T’intégrerais-tu, à force de coups de canne à pêche sur la tête? Possible. Entrer, et rester dans le grand délire ambiant, et essayer d’y entraîner tes potes quand ils viennent te rendre visite… (suite au prochain épisode).

Pour conclure cet article-retour-du-blog, loin d’être clair mais c’est l’esprit du moment, perdu dans des strates temporelles dont on ne comprend plus rien, je pourrais dire, que la Chine, c’est un peu comme une oeuvre d’art : on ne la connaîtra jamais complètement et on a pourtant tous un avis dessus. Elle est atemporelle et provoque des sensations inédites, autant que de grands moments de vide.

Ainsi, à ceux qui pensent qu’un monochrome « bah attend moi aussi je peux le faire ou mon enfant de 2 ans fait mieux », je dirais « Bah approche-toi un peu plus mon ami, regarde mieux. Et surtout, viens vivre en Chine un p’tit moment et on en reparle. »

The winneuse

A suivre: la dream team à Shanghai.

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Hong Kong, abscisse et ordonnée.

L’atterrissage (à moins que ce ne soit un amerrissage) cotonneux, entre ciel et mer, sur une piste somnolente. A moins que ce ne soit moi qui ne soit pas bien éveillée. Les bateaux se perdent sur une ligne d’horizon qui ne se distingue pas, qui ne fait pas son travail de séparation. Une perspective illimitée. Des bateaux dans le ciel, un avion dans la mer. Volupté et romantisme. Géolocalisation raisonnable absolument impossible. Et c’est tant mieux. Enveloppée de turquoise j’imagine la ville derrière l’améroport, essaie d’en deviner les formes. Je sais qu’il y a des tours. Je sais qu’il y a des pentes. Et la mer. Pas plus, je n’ai rien regarder à part des plans en deux dimensions. J’ai laissé Descartes, et suivi mon intuition.

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La sensation d’envolée, de liberté que de marcher dans une ville inconnue. Décrypter ses impressions ou s’en désintéresser. C’est ça que je voulais. Je trouve ça romantique.

Hong Kong.

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Qui se dresse fièrement entre mer et montagne et surplombe sa baie à 90 degrés. Buildings acérés, passerelles coupantes. On se heurte à Hong Kong plus qu’on y entre.

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Il a fallu trois jours pour débloquer le corps et délier l’esprit. Enfin relier entre elle toutes les petites pensées, rêveries, émotions pour les recentrer en un tout concentrer pour qui puisse se faufiler dans la ville sans s’effriter.

Comprendre la transversalité de la ville pour la pénétrer. Ne pas rester figée devant la verticalité violente et désarmante.

Il a fallu que je contre ma nature qui me rappelle viscéralement à la terre. Marcher sur le sol s’est ici avéré quasi impossible. Il fait évoluer du bas vers le haut, dans une sorte d’envergure en diagonale pour accéder à une horizontalité bancale. Envolée parmi les tours, perdu dans les hauteurs, éblouie par les pans de verre.

A dos d’escalator – monstrueux serpent- qui s’est infiltré dans le cœur de la ville. Sa racine.

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Un mille-feuille traversé par un vers grouillant de milliers de corps.

On se laisse glisser, on se tord le cou. Du haut vers le bas, du bas vers le haut, on s’entortille la colonne  à chercher le ciel et la terre, ou leurs signes.

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Géolocalisation.

Et puis c’est impossible, alors se laisse glisser, aveugle consentant et c’est bien pratique.

Une facilité déconcertante à jeter plans et buts précis, à jeter corps et âme en pâture à ce serpent d’acier, dans une grande glissade. Tapis roulant errant.

Pantin aux bras et jambes délassés, les idées s’échappent. On pourrait vraiment fermer les yeux. On se sent moins alerte. L’espace d’une seconde on se prend à réfléchir à cette situation de liberté incongrue : on peut divaguer à loisir sans se faire interrompre, mais sous l’emprise d’un système que l’on ne maîtrise pas.

Circuler entre abscisses et ordonnées.

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L’expédition dans le Yunnan 2/2: La marche mystique

« La mystique ou le mysticisme est ce qui a trait aux mystères, aux choses cachées ou secrètes. Le terme sert à qualifier ou à désigner des expériences spirituelles de l’ordre du contact ou de la communication avec une réalité transcendante non discernable par le sens commun. » [Définition wikipédia du terme « mystique »]. Définition que je trouve parfaitement adaptée à la situation « partir en voyage dans la campagne chinoise » (ça marche aussi pour « vivre en Chine »). Pénétrer dans le Yunnan, c’est plonger (ou tomber) de tout son être dans ce monde ésotérique… qu’est la Chine. C’est se rendre compte que Shanghai (est loin) et plutôt occidentale (pour donner une échelle approximative en terme de sensations, et de sensationnel). Que Shanghai, c’est facile. Premièrement on y arrive en avion (mais je ne vais pas épiloguer sur ce sujet), deuxièmement il y a autre chose à manger que des hot pots. Troisièmement, lorsqu’on mange un hot pot à Shanghai, on arrive plutôt aisément à reconnaître les aliments qui flotouillent dedans (la plupart du temps). Pour arriver dans le Yunnan, il a fallu donner de sa personne (voir l’article précédent), comme une sorte d’épreuve pour accéder à un monde supérieur. Pour que tu aies la sensation de mériter ce qui va t’arriver. D’ailleurs, c’est ce que te rappellent les phrases impénétrables collées un peu partout sur les murs des guesthouses de la région. Heureusement, les écrits de ces énigmatiques apôtres qui en sont probablement à l’origine, sont incarnés par des illustrations animalières, dont le rapprochement avec le sens des mots ouvre la voie à une sorte de langage universel (mais tout aussi sibyllin), assurément émis par un esprit divin (ou du moins, illuminé).

C’est, stimulée par ce souffle sino-divin et ces charades occultes, que La Marche tant attendue a commencé, après quelques jours et longues heures de transit. Partis donc de bon matin de notre première guesthouse, snickers et eau chaude en poche (le fameux pack meal promis par nos hôtes), Grand Arbre et moi-même avons commencé à Marcher. Dit comme ça, on a déjà l’impression que c’est un truc génial, incroyable, fabuleux… et ça l’est, n’ayant pas foulés le sol avec nos pieds (autrement qu’en gisant dessus une ou deux fois) depuis notre départ de Shanghai, c’est à dire trois jours avant. Même en parcourant Qiaotou-le-vilain (j’ai rebaptisé le village, dans un élan d’évangélisation) et ses « routes » cimentées, le regard au loin (forcément), nous sentions qu’il allait se passer Quelquechose. Vous me direz, cette sensation peut s’appliquer à nombre de situations quotidiennes, pourvu qu’elles se passent en Chine (aller au supermarché, prendre un taxi, demander un café mais sans sucre, etc.). Mais l’air de la montagne, le fait d’être complètement seuls (fait inhabituel depuis près d’un an maintenant), le fait d’avoir le ventre vide (surtout)… tout cela combiné nous a convaincus que l’on partait dans une véritable quête mystique, sans graal défini. (En gros, c’est un peu comme errer en état d’hypoglycémie).

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Le pourquoi du ventre vide

Qiaotou-Les Gorges du Saut du Tigre : la première croisade

Le début fût incertain, bétonné et donc plutôt silencieux (l’idée étant de ne pas, dès le commencement de la quête spirituelle, miner le moral de l’autre).

Puis, après deux ou trois kilomètres (sur les 26 qui nous attendaient), on a enfin posé le pied sur de la terre. De la vraie. Sans ciment, sans gravier. Sans prévenir, nous sommes passés d’une route moche et confortable à un chemin terreux et pentu. C’est à ce moment que nous avons troqué l’état de zombie affamé à celui de vrais Aventuriers. Il était temps.

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L’effet un peu d’effort et beaucoup de transpiration

Après avoir grimpé comme des chevreaux (un peu boiteux) la première vraie pente, on a décidé de faire une pause snikers-eau chaude-photo bien méritée, pour s’auto-féliciter de la performance. Ça nous a pris quand même un peu de temps cette première montée, car même si cette chère application « Maps Me »t’indique n’avoir parcouru que 500 mètres, toi tu es dans un état proche d’une fin de marathon (si tu en avais déjà fait un, ou même la moitié d’un. Le talent de l ‘imagination).

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Celle-ci je vais l’envoyer à « Maps Me » pour que cette appli puisse illustrer les fameux 500m et qu’elle les convertisse en distance humaine (25 km)
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Première vue. « Ouah!…oh regarde là, une cimenterie… »

Poursuivis par Qiaotou-la-déprime, on s’est « vite » remis en route, tout en bougonnant chacun dans son écharpe. Que dire sinon que la suite s’est perdue entre marche silencieuse, tantôt agrémentée d’ébahissements, dues aux visions divines entraperçues -signe que nous étions bien dans la bonne direction (nourritures autre que du snikers par exemple), tantôt de ronchonnements (plus d’eau chaude et-pourquoi-n’y-a-t-il-aucun-petit-paysan-chinois-pour-nous-en-vendre). Mais globalement, on était plutôt concentrés, parce que les Chinois (qui détestent marcher – « on n’est pas au Moyen-Âge » – prennent la route du dessous – « le béton c’est pas pour les chiens » – en mode convois pour bien rigoler tous ensemble) ne s’occupent pas spécialement de la maintenance des chemins de montagne (que seuls des touristes occidentaux trouvent « vrais » et « cool »). On voulait être seuls et dans la nature, et bien au bout de 4 jours, on a enfin réussi (et sans glisser dans le ravin). Une fois la montagne contournée, il ne nous manquait que l’épreuve finale pour pouvoir accéder à la vision des fameuses Gorges du Saut du Tigre : celle des 28 virages.

On en avait entendu parler, de ces 28 virages. D’ailleurs, ça fait un peu légende montagnarde que les trekkeurs se racontent entre eux autour d’un feu de bois, que l’un d’entre eux tiendrait d’un autre, qui ce dernier la tiendrait d’un conteur mi-homme mi-esprit (qui lui aurait raconté cette histoire, il y a longtemps, un soir de tempête). D’ailleurs personne n’aurait jamais revu le fameux trekkeur qui s’était entretenu avec l’esprit. Il ne serait jamais revenu (et hanterait un des 28 virages). Bref. Esprit colo de vacances. Quoiqu’il en soit, ça faisait longtemps qu’on croyait les avoir passés ces 28 virages. Et bien non. Nous étions persuadés d’être incessamment-sous-peu arrivés au bout de nos peines, quand soudain, un panneau a surgi (des flammes de l’enfer).

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Le seul boui-boui sur tout le trek, juste avant le pire passage, pour te conseiller d’acheter plein de trucs pour faire passer la pilule

Intrigués (surtout ça faisait longtemps qu’on avait rien acheté à part des snikers (l’eau chaude est offerte en Chine)), on s’est arrêté 2 minutes pour faire un peu de shopping. Des français avertis étaient passés par là, pour aider leurs compatriotes:

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Une des visions divines de La Marche

L’Histoire ne dit pas si oui ou non Grand Arbre et Carolina Jones en achetèrent. Ce qu’elle retient, c’est que personne n’a eu l’idée de compter les virages pour savoir si il y en avait vraiment 28. Je dirais pour ma part qu’il y en a eu au moins 28. Et il fallait au moins ça (ou pas) pour apprécier la vision qui suit.

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Le Graal

Les Gorges du Saut du Tigre. Enfin! Pour la petite histoire, le nom se réfère à la légende qui raconte que, pour échapper à un chasseur, un tigre sauta par dessus le canyon. C’est comme ça que tu peux deviner qui a acheté quoi dans le bouiboui qui précède: est-ce-que tu peux voir le tigre ou non?

Une fois le moment d’euphorie passé, le trek, même le Graal en main, ne s’arrête pas. Alors, bien sûr on s’en doute. Mais comme tout est possible en Chine, il aurait très bien pu y avoir des chauffeurs de taxi et des (auto)routes dérobées pour redescendre direct dans un restau en bas. Mais non, pas cette fois. Bref, on a continué en claudiquant, avec notre Graal certes, mais surtout avec nos ampoules aux pieds.

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Et puis finalement, à travers cet environnement aux contours surréalistes, nous avons réussi à atteindre le village de Ben Di Wan (autrement dit des chaises et l’apéro).

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Le deuxième graal de la journée

Après 26km et 8h de sauts de cabri – on a décidé que c’était suffisant – on s’est posé, déposé et reposé… et on a pris la décision de redescendre dès le lendemain pour poursuivre notre quête ailleurs. Et surtout, prendre les transports en commun nous manquait. Après une nuit sous une couverture chauffante (luxe ultime), on a clos le trek « à la recherche du tigre perdu » pour en débuter un nouveau près du Tibet. Oui je sais, le panneau dans la montagne nous a confirmé qu’on était bien dans la bonne direction, mais on s’est dit que deux Graals dans la même journée c’était largement au-dessus de nos espérances, et on ne voulait pas abuser de la bonté divine. Donc atteindre le Tibet à pieds, on se le garde pour plus tard. Et puis la compagnie de nos amis Chinois commençait à nous manquer aussi. Bref, on est redescendu pour choper un taxi. On aurait presque culpabilisé, mais en fait non, on s’est dit que le mysticisme ambiant ne nous quitterait jamais (en Chine, du moins). Le trek se terminait certes pour aujourd’hui, mais le mysticisme, lui, était sans fin.

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Bref, un signe des esprits pour nous indiquer le chemin à suivre (même en attendant le taxi en bas de la montagne). Langage des dieux chinois? De ceux qui ont vu le tigre? Quoiqu’il en soit, nous avions le sourire de « ceux qui savent »…

Deuxième traversée du désert : Gorges du saut du Tigre – Shangri- La

2h30 de voiture dans de la route sableuse. Un vrai transat sur une plage paradisiaque pour nous. D’autant que notre chauffeur avait un taxi stylé pour nous mettre dans l’ambiance:

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Après quelques heures dans cet oasis, on a décidé d’élever un peu le standing de notre prochain logement. Histoire d’avoir des « vrais » (je ne sais plus quel sens attribuer à ce qualificatif) toilettes, par exemple. Et puis Grand Arbre adore les équipements (« sinon c’est pas la peine »a-t-il l’habitude de dire). Fini donc le côté « vivre de quelques racines et d’eau de pluie » et à nous les restaus (occidentaux, parce que les hot pots chinois, on les range dans la catégorie racine et eau de pluie). Bref, pour attaquer la nouvelle Marche, on s’est dit qu’un bon spa était nécessaire. Effectivement, ça a paramétré différemment les journées à rallonge. L’effet « quand-tu-sais-qu’au-bout-de-30km-de-marche, il y a ça »:

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.. et pas des latrines dans un igloo, ça change un peu la donne. Ton visage semble illuminé, plus serein. Tu as moins tendance à ronchonner aussi. Le sourire est toujours là, mais ce n’est plus le même. C’est toujours celui de celui qui sait. Mais qui sait autre chose. Bref. Shangri-La. La ville. Je précise, parce que c’est aussi le nom de l’hôtel-spa. Shangri-La est au premier abord, dorée, colorée. Bling-bling et mystique (et oui, encore). Arriver à lier sans problème le bling-bling et la spiritualité, on connait. Mais on va dire qu’ici, grâce au cadre exceptionnel: l’altitude (qui te tourne la tête), les liqueurs étranges (qui t’embrouillent la tête), les coups de soleil (qui te brûlent la tête), tout effet est démultiplié. En y réfléchissant, deux choses te viennent à l’esprit. Premièrement, jamais tu ne t’es senti dans cet état de transe dans une église catho, malgré tout le bling-bling déployé (et la spiritualité, bien sûr). Deuxièmement, si Shangri-La devait être quelqu’un, et bien ce serait sûrement le Docteur Jekyll. Et pas que (à cause des liqueurs). Toute la ville est construite sur des contrastes. Ravagée par un incendie il y a quelques années, elle se reconstruit, donc, ce qui, depuis ses hauteurs, lui donne un curieux visage : beau et brillant d’un côté, pauvre et délabré d’un autre. Une autre facette (sorte de troisième œil) faux mais neuf (ou faux-vieux, comme ça se fait tant en Chine: la fameuse Vieille Ville, tentative de reproduction de la cité d’autrefois). Ajouté à cela temples et mantras tibétains surplombant l’ensemble… Shangri-La a plus à voir avec un personnage mythologique, du type hydre à trois têtes… Et c’est ce qui la rend fascinante.

Nous avons donc repris notre quête de spiritualité, et commencé par un pèlerinage vers un monastère, assez brillant pour qu’on ait pu le voir de loin et se dire, « Ah tiens ça n’a pas l’air loin on pourrait y aller en Marchant« .. En écrivant je me demande à quel moment, avec Grand Arbre, on apprend vraiment de nos erreurs, et à quel moment notre cerveau, en tous cas la case mémoire, a cramé. Donc, revigorés par une bonne nuit et une courte visite de la fameuse vieille ville) (et surtout grâce au spa), on a repris snickers et gourde d’eau chaude et hop, nous voilà repartis, Grand Arbre en tête (conquérant dans l’âme) et moi à la traîne, en train de chanter des poèmes. Sur de belles routes bétonnées (ça faisait longtemps), refusant bien sûr de monter dans le bus « Bu Bu Bu, nous, on marche! ». Alors on a marché, ronchonné, et on est enfin arrivés (tombés) aux pieds de Bouddha.

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Le jour suivant, un peu lassés du bling-bling, on a décidé d’aller faire une grande (oui sinon il y moins de challenge) randonnée dans le Parc National du Potamak. Oui ça sonne un peu indien d’Amérique, mais non. Ou grandes plaines du nord. Mais non. C’est bien chinois. Puisque c’est un parc national dans lequel personne sauf toi n’a l’idée de marcher. Comme d’habitude, après avoir crié au chauffeur, qui voulait absolument nous faire monter dans son bus avec tous les autres, « Bu, bu, bu, Nous, on marche! »… on a dû se rendre à l’évidence. L’entreprise s’avérait impossible : que des routes bétonnées sur 70km². Bref on est monté dans le bus (en ronchonnant, bien sûr). Fort heureusement, j’ai réussi à divertir Grand Arbre en lui faisant remarquer le souci du détail que les chinois pouvaient parfois avoir en matière d’équipement (enfin de déguisement).

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On sent tout de suite qu’ils sont parés pour l’aventure. Concept de la randonnée chinoise: décryptage. Un bus te prend en charge dès le début du parcours, puis te dépose à des endroits précis, où tu peux marcher en rang et/ou à la queue-leu-leu (pour plus de fun) et en talons aiguilles (pour plus de classe) sur des chemins bien tracés, environ 20 minutes. Et hop, au bout de deux heures, tu es ramené à la sortie. Tout est bien réglé. Ce qui n’empêche pas les Chinois de s’amuser comme des petits fous dès qu’ils en ont l’occasion (marcher sur un lac à peine gelé, lancer des cailloux pour voir si ça casse, faire des glissades sur des talus de 25 cm parce qu’il y a 1mm de neige). Tout ça en talons-aiguilles et oreilles de lapin roses. Bon, nous du coup on n’a pas trop fait de rando mais on a fait des photos de nos amis.

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Gauche
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Droite

Le Parc du Potatso (en fait c’est ça le nom, pas du tout Potamak), a marqué la fin de la Grande Marche. D’une parce qu’on a pas trop marché donc, et de deux parce que quelque chose avait changé. Le tigre ne m’apparaissait plus comme ça en pleine journée, ni même en rêve. J’ai pris ça comme un signe. L’effet spa a dû aussi infléchir notre décision : à la question du matin « Bon on va marcher ou on reste glander au spa? » La réponse était dans la question. De plus, les cartes, qui nous semblaient claires et indispensables tout au long du trek, nous sont subitement apparues comme elles le sont en réalité: incompréhensibles, pas pratiques et en chinois (surtout).

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Mignonne carte du trajet en bus du parc
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Voila voila
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Le paquet de clopes en haut à gauche c’est pour donner une idée de l’échelle

Du coup, puisqu’on était dans une ville, et bien, on a consacré notre dernier jour à faire du shopping.

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Un peu de bouffe à l’épicerie du coin
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Une paire de boots (tendance et indémodable)
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Un nouveau kway made in china
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Le fameux CD de Lijiang-la-folle et des bouliers pour se calmer les nerfs dans les moyens de transports ou partout en général

Cet petit moment consommation nous a quelque peu rasséréné, et on a pu envisagé sereinement, donc, le retour. Oui on est rentré en avion, mais malheureusement, le vol partait depuis Lijiang-l’-hystérique. Pour ceux qui ne savent pas, se reporter à l’article précédent. Pour les autres, ben, voilà, vous savez. On est monté tête baissée, en silence, avec bonbons, sucettes, chewing-gums, bouliers tout ça (équipés quoi) dans un mini bus direction Lijiang ou Les Portes de l’Enfer.

Durée du transit : 5h. No comment.

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Le seau au milieu, tu partages, c’est pour cracher

Bref, 5 longues heures de méditation, pour éviter de penser à la folle nuit qui nous attendait à Lijiang. Je me suis concentrée sur les choses positives : on ne rentrait pas en train à Shanghai, mais en avion. Le bruit du moteur de ce mini-bus faisait certainement moins de bruit que la clameur de Lijiang. Il faut savoir profiter de l’instant présent.

Aussi bien préparés qu’il soit possible de l’être, jamais nous n’aurions pu imaginer ce que nous réservait Lijiang. Parce que nous n’y étions pas encore allés en week-end. Ayant vaguement perdus la notion du temps pendant les vacances (tellement de transit, automatiquement le jetlag vous assaille), qu’on n’avait pas percuté. On arrivait un dimanche dans un parc d’attractions. Trou noir, oreilles qui bourdonnent. Ça nous a déglingué tout l’effet zen des temples, marches, Graal, tigres et monastères. Perdus au milieu d’un millier de touristes en ébullition, le single fou à fond, tambourins de tous les côtés (tu as l’impression de posséder une dizaine de paires d’oreilles), on s’est vite réfugié chez le seul Chinois qui offrait de la nourriture occidentale et chez qui, donc, il n’y avait personne. Et on a fini terrés dans notre chambre d’hôtel (qu’on a mis deux heures à trouver, pour la petite histoire.. ce qui d’une certaine façon, nous a fait contribuer à l’hystérie collective qui régnait dans la ville).

Lorsque j’ai enfin eu une connexion internet -bouffée d’air, fenêtre sur un monde autre que Lijiang- je suis tombée par hasard sur un article fort intéressant. Et tout s’est éclairé. A propos de Lijiang, certes, mais bien plus… A propos de la Chine, le pourquoi du comment, mon Moi… un signe des divinités chinoises.  Le troisième Graal des vacances. L’illumination.

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« Je suis misophone! » ai-je à mon tour crié à Grand Arbre que je soupçonnais de sombrer dans une sorte de trou noir plus que dans le sommeil, tant le boucan dehors était infernal. Article passionnant : on y parle de gens, de bruits, de torture… (les vacances quoi). En gros, ne pas supporter son environnement est une maladie. Et bien voilà. J’ai enfoncé mes boules quiès, remis mon masque et me suis endormie, rassurée. Et Grand Arbre aussi, du coup. Sur moi, sur lui. Je lui ai même prêté des boules quiès (fort moment d’empathie) et j’ai dissous la dernière pilule magique du kit de survie dans sa gourde.

Est-ce qu’on repartira pendant les vacances du Nouvel An Chinois l’année prochaine? Et bien oui, probablement. On ne va pas s’arrêter en si bon chemin.

Expédition dans le Yunnan 1/2: Le voyage sans fin

Ayant tiré les leçons (ou pas) de notre expérience passée (s’ennuyer à Shanghai durant les vacances du Nouvel An Chinois), Grand Arbre* et moi-même avons décidé de nous lancer dans une folle aventure: partir pendant les vacances du Nouvel An Chinois, en Chine, avec les Chinois. Warriors que nous sommes, on s’est dit « Allons -y vraiment, et comme des Vrais ». Sentence vaguement théâtrale, lancée à l’emporte-pièce à l’heure de l’apéro.

Je ne sais plus exactement ce que j’entendais par « Vrais », maintenant que j’en suis revenue, de cette aventure. Mais sur le coup, ça avait du sens. Vrais hippies? vrais touristes? vrais chinois? Un hippie ne dirait jamais ça, il le ferait voilà tout. Un touriste ne dirait jamais ça, il ne le ferait pas. Quant à un chinois, ça ne lui effleurerait même pas l’esprit de le mentionner, puisque c’est son quotidien. On a donc peut-être surement fait nos vrais bobos parisiens (avec quelques verres de vin en trop). Je ne sais plus. Quoiqu’il en soit, nous sommes donc vraiment partis le surlendemain du réveillon de la nouvelle année. Et oui, malins comme des ex-singes (pour ceux qui suivent), histoire d’éviter la célèbre et tant redoutée « grande transhumance » de l’année (tout était complet avant cette date), dans une contrée à 2500 km de Shanghai (considérant déjà cette mégalopole comme une sorte de nouvelle planète, la campagne chinoise est pour moi une galaxie sombre et lointaine)… et en train. Youpi les bobos baroudent! C’est peut-être à ce moment que je nous ais perçu comme des « Vrais » inconscients. 20h de train (v i n g t – h e u r e s ) pour arriver (presque) à destination (contre trois mini heures d’avion). Bref, sur le chemin pour aller à la gare (quand tes 50 minutes de métro te font déjà soupirer) je me suis vite détournée de ces chiffres qui commençaient à tourbillonner de façon très concrète dans ma tête, et j’ai vu les choses du bon côté. Je me suis dit qu’on allait avoir le temps de faire plein de choses pendant ce temps de voyage: travailler dormir, discuter s’engueuler, lire chercher du réseau internet en vain, se reposer s’énerver à cause du bruit.  Je me suis donc préparée comme il se doit pour traverser à bien survivre à cet odyssée.

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Le kit de survie

Décryptage: les bouquins de chinois pour essayer de communiquer avec les autochtones certes, mais surtout pour leur demander de faire moins de bruit (aucun de ces deux objectifs n’a été atteint), masque+lunettes de soleil pour te créer une bulle, boule quiès +écouteurs pour calfeutrer ta bulle, pilules décontractantes lexomil quand ta bulle se fissure (au bout de 2h de train en moyenne). Ah, et les batteries pour ton portable (vous remarquerez le choix du sponsor), enfin.. c’était au cas où il y aurait internet, mais on n’était pas en première classe. Quand bien même, je pense qu’il faudrait inventer un temps spécial  lorsque l’on parle d’Internet en Chine, type « conditionnel d’un futur qui ne pourrait exister faute d’une probabilité d’existence assez probable pour exister. Vous voyez le genre. Non? Vous n’habitez pas en Chine.
Ce kit a été photographié au retour (ce qui explique l’état de la plaquette des pilules magiques et l’absence du guide sur la Chine, négligemment oublié ou jeté de colère contre un passager ou la vitre d’un des nombreux trains allez savoir)

Première étape du périple, Shanghai-Kunming: 12h de « TGV »

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Ou 26h de voiture. Finalement, ça va.

Départ donc à 4h30 (oui du matin) de l’appart, pour arriver à la première étape (aux portes de l’hôtel de Kunming) à 20h30, et dans la chambre 2h plus tard, parce qu’évidemment, les charmantes réceptionnistes, sorte d’ectoplasmes sous narcotiques, n’ayant jamais eu trace de notre réservation, ne voyaient AUCUNE solution, sauf celle peut-être de nous regarder s’effondrer sur le carrelage du hall en nous rongeant les mains. Mais ceci est une autre histoire.

Arrivés dans une gare déserte, nous avons retrouvé tous ses voyageurs dans le seul et unique train (je ne vois que ça) en partance ce matin là, le notre. Le premier défi a donc été de trouver nos places rentrer dans le train.

Nous voici donc partis pour 12 heures de route, dans la soi-disant « plus belle ligne à grande vitesse de Chine » (« et bien qu’est ce que ça doit être les autres », j’ajouterais en ricanant).

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Entre nous, cette ligne n’a rien à envier à la ligne Paris-Granville pour celles et ceux qui la connaissent (d’ailleurs cette dernière peut également mettre 12h pour arriver à destination). A part quelques montagnes par-ci par-là, rien de foufou. J’en attendais peut-être trop, du coup j’ai été un peu beaucoup déçue. Je m’imaginais déjà regardant défiler le paysage (à 350km/heure, tout de même. Là, Paris-Granville a encore du chemin faire, si je puis dire), rêvassant, écrivant des poèmes dans ma tête me demandant combien de temps j’allais tenir sans rien faire.

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7h20. Départ rutilant

Le départ était plutôt engageant. Soleil, départ en vacances, train à l’heure.

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De 7h30 à 16h. Paysages industriels. (Ce que les Chinois appellent « villages » je pense)

En plus évidemment le soleil n’était pas de mon côté. Un peu déprimée, je me suis rabattue sur le paysage intérieur.

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Les films de la SNCF chinoise, ou comment cibler au mieux son public

Je me suis donc vaguement intéressée au clip du Père Noël Chinois qui explique des trucs en chinois à ses rennes à la plage (j’avais déjà attaqué la plaquette de bonbons), ça m’a laissée un peu perplexe, mais ça m’a quand même sauvée environ 20 minutes. Ensuite j’ai traversé le train de long en large plusieurs fois en me donnant des objectifs de durée type: il ne faut pas que je mette moins de 10 minutes à traverser ce wagon, sinon il va m’arriver un truc horrible (comme le truc des passages cloutés, ne marcher que sur les lignes blanches.. bref, on devient un peu fou oui). Puis ce fût l’heure du « Chi fan » (littéralement : MANGER). Alors là, de 11h à 12H, c’est un peu panique à bord, tout le monde s’agite, cherche de l’eau chaude pour faire cuire ses nouilles, ça rit, ça braille.. bref, c’est convivial.

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On voit mal, mais la boîte fume. Donc ça veut dire deux choses: 1. Le mec se fait ses petits raviolis vapeurs tranquillou bilou, et 2. bah ça sent bizarre dans tout le wagon

Chi Fan c’est plus que MANGER (même dit en criant). C’est un concept. En ville, à l’heure du Chi Fan, tu peux toujours t’accrocher pour trouver un taxi par exemple… « Non! te dira-t-on, c’est Chi Fan avec un air ahuri, du genre « C’est incroyable ces étrangers, ce qu’ils peuvent être malpolis relous« . C’est comme si tu voulais interrompre une cérémonie officielle. Bref, Chi Fan, c’est sacré, et ça ripaille dur, peu importe l’endroit ou le contexte. D’ailleurs, le Chinois du siège de devant c’est carrément foutu de nous quand on a sorti nos sandwich de chez Baker&Spice (vrais bobos, vous dis-je). Je crois qu’il avait pitié. Il a juste dit « sandwich » (c’est pour ça que j’ai tiqué) en donnant un coup de coude amical à sa femme et en se marrant du genre, « Regarde les ces nazes, ils mangent des sandwichs »). Effectivement, on n’avait pas apporté le barbeuc ni l’appareil à raclette, mais je crois qu’on aurait pu. Bref. Apres m’être tassée dans le fond de mon siège pour grignoter mon délicieux sandwich bio-sans-gluten-à-l’aloé-vera (le dernier – et j’en avais conscience- de la longue semaine de chi fan typique qui a suivi), je me suis enfin assoupie. Enfin un peu. Jusqu’à ce que Grand Arbre, me crie dans l’oreille « Regarde, regarde! ».

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Magique

Une petite montagne et un ciel gris. Super. Comme me l’a fait remarqué mon cher ami Jésus Quintana, et je le cite : »Je vois pas la différence avec l’Auvergne perso ». Et bien, c’est aussi ce que je me suis dit. Et ce que j’ai dit aussi à Grand Arbre. Du coup on s’est engueulé (c’est lui qui avait eu l’idée du train), ça a fait passer un peu de temps. Le reste de l’après-midi, après avoir re-fait le train de long en large pour la sixième fois en m’auto-jetant des sorts, exploré le seul et unique wagon-bar (qui ne vend que d’étranges produits non alcoolisés), j’ai enfin découvert une prise électrique planquée sous mon siège. Le Dieu des voyageurs a enfin eu pitié de moi. J’ai pu brancher mon PC. Oui, j’ai emmené mon PC en vacances, et j’ai bien fait. Et « Le Dernier Empereur » – film pour rester dans le thème, et surtout très long- a sauvé la fin du voyage, du moins m’a sortie de ma torpeur.

Et finalement vers 19h, on est EN-FIN arrivé (au quart de notre voyage)… Kunming! Petite ville fluo de 3 millions d’habitants, surnommée « la ville du Printemps éternel ». En ce qui me concerne, le titre de « Ville de la lutte éternelle » est plus approprié. Mais c’est vrai qu’il y fait bon. Au vu de la taille de cette petite bourgade, le dépaysement n’a pas été frappant. Après avoir galérés pour trouvés(er) un taxi faux et hors de prix, nous sommes EN-FIN arrivés à l’hôtel. Autant dire qu’on n’avait pas vraiment bonne mine. Pâles, fébriles et vaguement affamés (le Chinois avait raison, un sandwich ça ne tient pas au ventre) nous attendions avec impatience la salle de gym, piscine et restau que l’hôtel promettait…sur le papier (enfin sur booking.com). Prestations tout aussi imaginaires que le service d’ailleurs. Nous avons dû rester environ 2h accrochés au comptoir de la réception de cet hôtel douteux, avec les réceptionnistes donc – les fameuses fantômettes droguées – qui nous répétaient en boucle « no reservation no english » sans nous regarder… Grand Arbre et moi avons donc naturellement, chacun notre tour, fait une crise d’épilepsie. Deux heures surréalistes – était-ce un test ? Avais-je mis moins de 10 minutes à traverser un wagon ? –  à négocier une chambre avec eau froide et soufflerie d’air glacé (à printemps éternel, air conditionné perpétuel). C’est là que tu dis cries à moitié hystérique « Ah bah ça commence bien les vacances! » Déjà que tu te battais avec toi-même depuis le moment tu avais mis le pied dans le train pour ne pas te l’avouer.

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L’hôtel 5 étoiles (merci booking). Désert, what a surprise.

Voilà, une petite photo du hall pour essayer, une fois de plus de m’occuper. Derrière moi, Grand Arbre est cramponné au comptoir de la réception donc (c’est son tour pour la crise d’épilepsie), la tête entre les mains, désespéré, essayant vainement de communiquer avec les deux zombies qui l’ignorent, puisqu’elles n’ont pas connaissance de notre réservation, et qu’elles ne parlent pas anglais-le-sujet-est-clos.

Après j’ai perdu connaissance. Je plaisante, je suis sortie fumer un ou deux paquets de cigarettes, en attendant qu’un miracle (=un Chinois qui parle anglais, sorte de père, frère, meilleur ami de substitution dans ce genre de cas) résolve la situation. Et le Miracle s’accompli. Comme quoi, fumer ou mettre plus de 10 minutes à traverser un wagon de train, ça peut aider, parfois.

Pour se détendre, on est allé faire Chi Fan, donc. Un peu tard du coup, un stress de plus, car en Chine, passé 21h, c’est compliqué (genre avant 21h, la Chine est un monde peuplé de bisounours et de licornes qui parlent anglais…). La question « Où est-ce qu’on va manger? » fait passer en seconde position la question fondamentale du « Qu’est ce qu’on va bien pouvoir trouver à manger? ».

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Voilà voilà

Et bien, 1. Dans un bouboui encore ouvert et 2. un « hot pot » (si quelqu’un y reconnaît un seul aliment, qu’il me fasse signe). Même Grand Arbre a préféré devenir végétarien à la suite de ce banquet. On a juste mangé les trucs verts en les égouttant bien, car on était déjà reconnaissant d’avoir été acceptés dans ce restau-cantine. Le menu étant exclusivement en chinois, sous forme de QCM, on avait un peu coché n’importe quoi (ceci explique cela), mais tout de même, Grand Arbre avait pourtant pris soin de dessiner une tête de poussin pour qu’on ait du poulet. La communication a visiblement échoué. Résultat: on a écourté le dîner, pour aller se réfugier dans notre charmant hôtel, en attendant le lendemain avec impatience.. pour aller prendre le train.

Suite du périple : Kunming-Lijiang

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C’est marrant, à vol d’oiseau, on dirait pas…

Durée en train: 8h30. Si si. Mais je ne le savais pas encore. Sinon pas sure du tout d’y être montée. Encore moins sure lorsque j’ai compris subitement ce que la vendeuse de tickets essayait de nous dire lorsque  une fois de plus à l’arrache on a acheté lesdits tickets: « pas de place assise ». Moi qui croyait que le plus chiant du voyage était derrière moi, et bien non, c’était devant. On a donc passé 8h30 à essayer de choper des places assises, dans apparemment le seul wagon surchargé et glacial et bruyant. Le purgatoire. C’est pendant cette sympathique journée de transit que j’ai fini ma plaquette de LSD. Cependant, quelques moments de grâce : le premier quand, endormie je suis tombée de ma place chèrement trouvée (je me suis écroulée dans dans l’allée donc), mon voisin m’a gentiment laissé la sienne pour que je puisse m’affaler contre la vitre avec son pique-nique. Il faut dire que je devais leur faire un peu peur, emmitouflée dans mon anorak, boules quiès et écouteurs dans et sur les oreilles, avec mes lunettes de soleil qui me tombaient sur le nez. Et quelques autres « beaux » moments passés avec les voyageurs, puis avec des paysages un peu plus dignes d’intérêt. L’un des deux va forcément être ironique.

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L’animateur en chef du wagon, tentant de vendre divers accessoires type voiture électrique avec sirène hurlante, robots, etc.
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No pain no gain

Quand enfin… Grand Arbre est encore venu me crier dans les oreilles enfin dans les écouteurs : « On arrive! ». Larmes de joie. Lijiang, enfin.

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Nous ne savions pas, ce qu’était réellement Lijiang. Petite ville typique et calme du Yunnan, toute de bois faite et de villageois habitée? Ab-so-lu-ment pas. De faux bois et de touristes qui braillent, surtout.

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DisneyJiang

Une ville qui rend fou. Les Lijiangeois, s’il en existe, ont imaginé leur ville selon le goût des touristes chinois. Mêmes boutiques de faux souvenirs répétées à l’infini, labyrinthes de ruelles identiques où l’on se perd dès que l’on fait 100 mètres, inondées de touristes qui naturellement s’y bousculent dans tous les sens.. jusque là, concept assez typique des fameuses « Vieilles villes » dont chaque ville chinoise est dotée. C’est un peu comme s’il y avait des Monts Saint-Michel dans chaque ville par exemple. Une sorte d’enfer. Mais surtout, les Lijiangeois ont inventé un concept unique, pour surpasser le degré de folie déjà très élevé dans la ville: un chant, une musique… un hit, créé de toute pièce pour les touristes, il y a 5 ans, et qui depuis 5 ans donc, est diffusé absolument partout dans la ville. Le concept de « partout » en Chine est à prendre au pied de la lettre, je le précise. C’est être pris au piège. Il ne s’agit pas d’un cd, d’une compil, d’un groupe… non, c’est un single. Un peu comme la chanson de l’été, « soca dance » ou « macarena ». C’est donc comme si depuis 5 ans, dans la ville où tu vis, on avait décidé de passer « Dirladada » dans toutes les boutiques, les rues, à fond, bien sûr, et que tous les commerçants aient décidé, en plus de faire brailler le tube, de chanter par dessus ET en y ajoutant un instrument. A Lijiang, tous les 50 mètres, une échoppe avec tambourin fait son beurre en ajoutant par-dessus le hit-qui-rend-fou du tapotage en rythme (tout est relatif) sur ledit hit. « Dirladada », a fond, toute ta vie, avec du djembe par-dessus. Bref, un carnage. Résultat, en une nuit, tu as cette foutue musique dans la tête et tu te retrouves à la chantonner le lendemain. Les Chinois ont réussi à t’ensorceler. C’est sûr, tu as dû à un moment traverser un wagon en 2 minutes. Toi qui t’attendait au calme de la campagne, et bien tu regrettes Shanghai. Le lendemain matin, après une sorte de nuit sans rêve mais très musicale, on s’est quand même dit qu’on allait essayer deux trois manèges de visiter un peu.

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ça a l’air cool, vu d’ici

Bref, on a pris nos clics et nos clacs, direction la gare routière. Oui, on  a décidé de prendre le bus, histoire de varier les plaisirs de pimenter notre aventure.

L’Iliade, Chant 3 : Lijiang-Qiaotou

Là quand même, on s’est dit qu’on allait y arriver enfin dans notre bled tant attendu. Après 2h de bus (c’est à dire peanuts, au vu des deux derniers jours), nous sommes donc arrivés dans la campagne une zone en difficulté.

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On a même réussi à choper les places de devant. (On a préféré attendre dans la gare que dans la vieille ville)

C’est drôle comme finalement en Chine, il n’y a pas de demi mesure. Une ville se compte en millions d’habitants, un bled, sur les doigts d’une main. Idem pour l’ambiance. Soit c’est le méga bordel, soit la totale dépression.

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Un restau à Qiaotou
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Qiaotou et ses toits de chaume
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Qiaotou et sa spécialité locale: les cimenteries

Pour le coup, il n’y avait personne. Le silence. Donc on a préféré voir les choses du bon côte, du bon point de vue. C’est à dire, siroter une bière du haut de notre guest house (ou le déni, ou la politique de l’autruche):

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Plutôt que de la visiter d’utiliser ses commodités:

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La « salle » de « bain »
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Les toilettes

Mais l’aventure de ne faisait que commencer. Dès le petit matin, après trois jours de transit de pétage de câble – le ventre vide, on s’en est allé à pieds (ça nous a fait bizarre), par monts et par cimenteries, vers les Gorges du Saut du Tigre (ça claque un peu plus que Granville-plage, pour le coup).

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Suite des mésaventures au prochain épisode.

 

*La traduction chinoise du nom de mon binôme (pour ceux qui commencent tout juste à lire les récits trépidants de ma vie à Shanghai)

Sauter du Coq au Singe: transition et (re)Nouvelle Année

[Copyright de l’image ci-dessus: Karma Weather (pour donner tout de suite le ton de l’article qui suit).]

La Singeocoq
Petit rappel pour celles et ceux qui ne suivent pas l’actualité et le calendrier lunaire – sorte de ménagerie ésotérique – 2016 fût l’année du Singe (je lui met une majuscule pour l’occasion), et 2017 est – va être- celle du Coq. J’hésite entre présent et futur car nous sommes actuellement en pleine période de transition. Et oui. Depuis le 1er janvier le singe commence à tirer la tronche (fini 2016) et le Coq commence à faire bouffer son plumage. 2017 a bel et bien commencé, mais pas dans le calendrier Chinois. Alors? Comment définir  clairement cette période? Flottement. Incertitude. Par un dicton? « Il faut tuer le Coq pour effrayer le Singe », Proverbe Chinois (si cela était nécessaire de le préciser). Par un nouveau nom ? La Singeocoq. Made by me. Ça fait un peu staphylocoque-dégueu je vous l’accorde. Mais c’est à considérer plus comme un syndrome qu’une bactérie. Avoir la Singeocoq ce serait vivre avec une certaine frénésie,  dans un temps imparti. Le temps de la transition, sans vouloir tergiverser pendant des heures, est celui dont on ne sait pas grand chose, si ce n’est que l’on est entre deux points, celui que l’on a quitté et celui où l’on va. Un temps suspendu. En gros un moment où tout est permis . La Singeocoq serait un exutoire formidable, c’est à dire sans déprime – un 31 sans Noël, ou inversement. Commençons par le commencement.

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L’horoscope chinois* a dit -sans se mouiller- pour l’année dernière : « Tout peut arriver et c’est un aspect à la fois positif et négatif de cette année du singe ». Il continuait, sur un ton de chef d’entreprise « Il sera possible d’accomplir certaines choses durant cette année [ouf], mais cela surtout grâce à des efforts personnels et individuels. Des mouvements collectifs, comme les manifestations ou les révolutions politiques n’auront aucune influence cette année ». Voilà, l’horoscope Chinois donne le verdict avant même que l’année ne commence. En bref, l’année du Singe ne fut pas celle des anarchistes et des hippies, mais des petits egos en puissance. A-t-il dit-vrai ? Je vous laisse juger les singeries internationales et locales de l’année par vous-même. En tous cas les valeurs Amour, Entraide et Partage, le Singe n’en n’a que faire « Connerie mes amis! » braille-t-il du haut de sa branche, « ne pensez qu’à vous, hissez-vous en haut de l’arbre par tous les moyens ». Surprenant ? Pas vraiment, venant d’un animal qui, darwinement parlant a tout à voir avec l’Homme.

Mais alors quid du Coq ? On ne peut pas vraiment dire que cette bestiole se rapproche de l’Homme. Enfin quand même, si, un peu. Le coq est souvent représenté gonflé à bloc, poitrail en avant, et ses principales qualités sont la fierté et l’orgueil. Sa mission dans la vie ? Pas sauver le monde mais presque. Le coq est celui qui annonce le jour (renouveau, naissance, tout ça), qui permet la transition entre la nuit (comprendre les ténèbres, le bad ultime) et la lumière (et tout le symbolisme que ça comporte). Bref, est-ce que le jour se lève le monde renaît  si le coq ne chante pas ? On ne sait pas. Bref, tout ça pour dire, que le Singe avait stimulé – légitimé – encouragé le côté individualiste de ta personnalité, toutes les actions communes auraient été vaines de toute façon. Avec le coq, il va falloir l’affirmer cet égo. Cocorico quoi. Une belle année en perspective, notamment… pour les Français. Le Coq, proche de l’homme, certes, mais encore plus du Français, emblème oblige.  Année du Coq = année de la France en Chine ou de la Chine en France ?  Le coq chinois et le coq français sont-ils les mêmes ? Sont-ils des potes ? des concurrents ?

Avant de consulter l’horoscope Chinois – ma bible en ces temps incertains, il faut noter que la mascotte de l’année n’est pas issue de n’importe quelle basse-cour. C’est un coq VIP : Le Coq de Feu. The fire Rooster.

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Chevalier du Zodiaque

Dire que c’est l’année du Coq de Feu claque un peu plus que dire « qu’on est en 2017 -pu***-ça-passe-trop-vite-j’y-crois-pas (si tu es français). Voilà,  la Chine c’est de la poésie au quotidien (on ne comprend pas toujours ses subtilités énormités mais c’est beau drôle ou pénible). La poésie peut parfois recouvrir des formes méconnaissables. Quoiqu’il en soit,  en Chine, on n’est pas sans cesse en train de te rappeler à la réalité. Un coq de feu, c’est plus motivant qu’un compteur à 4 chiffres. Bref.

L’horoscope chinois -et commenté par mes soins- dit : « Les Chinois affirment [moi ça me flipper la combinaison de ce sujet avec ce verbe] que les gens seront plus courtois, moins entêtés [2017 monde des bisounours ?] et qu’ils auront tendance à compliquer les choses pendant cette période [à non, c’est bien ce que je disais, 2017 va être l’année de la France en Chine]. »

OU de la Chine en France. Parce que dans le genre compliqué, les chinois et les français sont à égalité. On avait donc tout pour se comprendre (moins par moins = plus) mais en fait non dans ce cas c’est égal à moins moins. Bref, heureusement chinois et français sont aussi à égalité sur la maîtrise de la langue anglaise, comme ça, personne ne se comprend et tout le monde s’énerve. Mais ce n’est pas le propos de cet article.

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Yves Rocher Shanghai, une belle preuve d’une amitié franco-chinoise

L’année du Coq, tout immolé soit-il, s’annonce donc mitigée. Une année à tendance normande je dirais. Ensuite tout dépend de quel signe du zodiaque et zoo ésotérique chinois vous relevez. Il faut  le faire matcher avec celui de l’année en cours, celui de votre conjoint (inutile de s’embarquer dans une relation sans issue), les chiffres (naissance, dates importantes par exemple, idem, pas la peine de passer un concours ou aller chez le coiffeur un jour où les chiffres ne joueront pas en votre faveur). Bref, vous m’avez comprise, inutile de faire des généralités, à chacun son coq . Make the rooster yours, baby. Pour ma part, HEUREUSEMENT que je ne suis pas Coq, car les chiffres du malheur pour les Coqs sont le 1 et 9. Etant née un premier septembre, autant dire que je l’ai échappé belle.

Conclusion parmi tant d’autres : le passage d’une année lunaire à une autre (d’un animal à un autre) n’est donc pas simple. C’est une entreprise un peu plus complexe que de savoir si oui ou non tu as un plan pour le 31. A ce propos, quand on me dit (en France) que la préparation du réveillon du 31 a été « un vrai cirque » franchement ça me fait doucement rigoler.

Revenue comme beaucoup d’expat en Chine juste après les festivités la soirée beuverie du 31 donc, c’est une période un peu curieuse – complètement désaxée en fait- qui commence. A peine rentré – pas remis, j’insiste- de ta nouvelle année à toi, tu te retrouves à J -15 d’une autre qui commence (bon j’exagère – 25, mais quand même). Contexte : Atterrissage le 2 janvier dans une sorte de gueule de bois éléphantesque (restons dans le répertoire animalier) que tu tiens depuis 48h, le vol de jour n’aidant en rien, avec un décalage horaire de 7h (peanuts, tu ne mettras seulement que 2 ou 3 semaines à t’en remettre), dans un brouillard collant. Tu avais oublié combien c’était dégueu ces pics de pollutions, et combien tu te marrais en entendant les parisiens geindre avec leur taux de pollu à 60. Tu arrives donc tant bien que mal au milieu de gens surexcités : les Chinois, dont les bribes de langage que tu commençais à comprendre ici et là, se sont absolument diluées à jamais dans les coupes de champagne- qui s’apprêtent à fêter la fin de l’année. Voilà. Te voila revenu a Shanghai, petite loque au milieu d’une fête foraine géante (et chinoise).

Non, pas de photo.

Le point positif, parce qu’il y en a un : c’est que tu as le droit à une deuxième chance :

  • Si tu as foiré ta soirée du 31, et bien ce n’est pas grave, tu peux recommencer (à la foirer, ou pas)
  • Tu peux décider soit de revoir tes grandes résolutions prises en braillant à 1h du mat’ le 1er janvier, qui s’avèrent irréalisables (arrêter de brailler, boire et fumer, comme tous les ans) ou bien décaler le commencement de ces bonnes  et inutiles résolutions à l’autre année. En plus, tu auras d’ici là le temps d’étudier ton horoscope précisément, ça te permettra de gagner du temps.

L’idée est de profiter de cet entre-deux-nouvelles-années pour faire comme lui (l’entre-deux) : flotter. Ou profiter de ce brouillon pour faire le bilan (pas forcément des 15 jours écoulés depuis le 1er janvier hein, enfin c’est au choix)

En cette Singeocoq, ça me tient particulièrement à cœur. Parce que cela fait exactement un an que je suis arrivée à Shanghai. NB : Si j’avais dis ça fait un singe que je suis arrivée, cela n’aurait pas été pareil. Et on ‘aurait pas rétorqué : « Déja?! -pu***-ça-passe-trop-vite-j’y-crois-pas ». Le 2 janvier (2016 et 2017) j’ai pris ce même vol, à la même heure, depuis le même aéroport, et évidemment, dans le même état. Rien n’a changé, si ce n’est ma lecture de l’Horoscope au préalable, et donc, en sachant à peu près ce qui allait m’arriver. En fait j’ai ranger l’appart et fait des listes. En me disant, comme les chinois, que ça aide, de faire le ménage pour la nouvelle année. Les chinois sont d’ailleurs plus radicaux si j’en crois le boucan des marteaux piqueurs depuis quelques semaines dans l’immeuble. Oui le Spring festival – littéralement fête du Printemps ou célébration du Nouvel An- n’est pas seulement Qi Qong et bruissement d’ailes de libellules.

Bref, Zaijian le singe, Nihao le Coq, c’est l’heure du bilan. Alors ? Qu’est ce qui a changé ? Pour commencer, comme vous pouvez le remarquer je suis bilingue. C’est la première chose. Ensuite, je suis toujours imbue de ma personne (comme l’avait conseillé le Singe). Plus sérieusement : je me plains toujours un peu beaucoup, je ne suis jamais contente, je veux toujours faire mille choses en même temps (relatif aux deux premiers constats), et j’applique la théorie de l’incohérence régulièrement, pour brouiller les pistes. Les deux trucs improbables de l’année : l’amour du Chinois (le langage hein) et le succès de ce blog. Et ce dernier point a été ma décision de l’année (enfin de la Singeocoq mais j’espère que le Coq sera clément) : arrêter de bosser (enfin une résolution viable sur le long terme !) et ne me consacrer qu’à ça. Ecrire. Finalement, vous êtes tout autant responsable que le singe, le coq et toute la ménagerie, de ce qui va se passer. Mais quoi qu’il arrive, merci, d’avance, parce que c’est une libération. Et si ça ne marche pas, et bien tanpis, je continuerai quand même, juste pour le plaisir de me plaindre.

Depuis une ambiance de fête (on remarque que les gens se parent de leurs plus beaux atours)

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Une femme-coq?

… de boîtes rouges que les chinois s’offrent entre eux

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le mystère de la boite rouge

… des rues décorées (c’est aussi clinquant qu’en France, mais dans un autre registre)…

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Oui ce sont des coqs

… Je vous souhaite d’achever dignement et follement votre Singeocoq !

Dernière remarque: je m’interroge au sujet des girouettes. En général ce sont des coqs qui indiquent l’Ouest et l’Est. Jamais le Nord (ni le sud). Serait-ce un concept chinois ? Celui de te donner un ou deux indices pour trouver ta propre direction mais pas plus ? Te faire philosopher sur le Nord et l’importance ou non qu’il y a à trouver le sien … Te faire galérer.

Dire que j’avais ça sous le nez depuis mon enfance… LE signe.

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Vue de ma chambre a Verneuil City. Le message des Chinois du Futur.

Bref mes amis… Xinnian Kuaile !

*source : www.horoscopechinois.guru – oui, « point guru » cette mystérieuse contrée

L’ongle long et autres mystères de Chine

Lorsque l’on se promène dans les rues sans but (ça s’appelle l’errance), l’air rêveur (ou hagard, au choix) et que l’on se fait un peu observateur (une attitude qui se situerait donc entre le zombie, le poète en mal d’inspiration et le suricate) on note, parmi les innombrables choses bizarres, que certaines le sont plus que d’autres. Si les Chinois étaient une forêt en automne, les choses bizarres en seraient les champignons : ça t’est familier, mais ça t’accroche toujours l’œil.

Après un certain temps a zoner dans la ville à dévisager les gens ayant l’air bizarre tout le monde, on finit par s’habituer au bizarre (il faut environ un an). Sans toutefois l’ignorer complètement (c’est impossible). L’intégration, avec un « mais ». Ce n’est pas bizarre c’est « exotique » (c’est plus poétique vaguement raciste). Positif, donc rassurant quoi.  Le bizotisme (comme ça tout le monde est content) se fond donc dans le fog qui ambiance les journées ici : on le respire, on le mange, on s’y perd gaiement – toutes proportions pollutions gardées, bien sûr. Petit à petit, on commence à faire un ordre de classement de ce qu’on trouve exotique perturbant. Mes graphiques et mes stats sont un peu complexes, les paramètres étant peu fiables, mais aujourd’hui, après une année d’investigation, je peux au moins citer deux niveaux : le bizotique (bizarre mais ça va, c’est mignon) et le mystère (ou le chelouchelou). Genre l’amanite-tue-mouches du bizarre. Vous savez que c’est ça lorsque vous vous sentez « alerté » par la « chose » qui se présente à vous. Sorte de court-circuit, qui enclenche une petite ritournelle,  qui se met à tourner en rond dans votre tête (comme vous d’ailleurs) « non mais là non c’est vraiment bizarre non mais putain j’hallucine ». En fait, le vrai signal c’est quand vous ne vous demandez même pas pourquoi. Comme si votre cerveau savait qu’il n’y aurait de toute façon aucune réponse à une question qui ne devrait pas exister.

Certes la vérité sur l’amanite sera certainement «… Ouais bah c’est la Chine quoi ». Et je pourrais m’arrêter là. Mais je ne suis pas encore décidée a me résigner, ni à fuir devant un pauv’champi, aussi dangereux soit-il. Le bizarre du bizarre, le sibyllin, le nébuleux… le Mystère de Chine donc, dégage son aura bien particulière – au-delà du cou de canard séché, du style vestimentaire ou de la philosophie du oui-non-peut-être-non-oui : il te repousse et il t’attire. Mystique. C’est une sorte de moment où les sentiments les plus contradictoires viennent se mélanger « C’est dégueu (souvent), c’est drôle (très souvent), non je n’ai rien vu (le déni quoi) (de plus en plus souvent), c’est stylé (rare), etc., ou bien au contraire le vide se fait en toi. Tu ne penses rien (état de choc ou complètement blasé, cela dépend du nombre d’années passés en Chine). Rencontre du 3e type.

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Extrait d’un épisode de la série « La 4e dimension »

Regarder les Chinois passer. En voiture, dans le métro, dans le bus. Partout. Et dans le flot, commencer à tiquer  sur… les ongles. Oui. Alors. (Pseudo) explication. La majorité des hommes Chinois, tout âge confondu, a la particularité d’avoir un ongle long (très long) minimum. Pourquoi ? (la fameuse question taboue ici). C’est tout l’enjeu du mystère. Le chauffeur de taxi, le djeunes, le quarantenaire… Pour beaucoup, c’est l’ongle du petit doigt. Pour quelles obscures raisons le Chinois décide-t-il de préserver un de ses ongles? J’ai quelques théories. Il faut savoir – spoiler– qu’ il n’y aura pas de réponse déterminée, je l’ai déjà dit, en Chine, la vérité est ailleurs. Alors le chinois se gratte-t-il l’oreille plus que la moyenne mondiale? Est-il un guitariste rockeur fou ? Est-ce un signe d’appartenance à un groupe (chelou) ? un check crypté ? Une arme de street fight? Bon, « Avant », c’était un signe de distinction chez les Lettrés (ongle long = je ne travaille pas la terre). L’homme-à-l’ongle-long était un littéraire, et appartenait donc à une élite intellectuelle et aisée. Et respectée. Le 21è siècle étant celui du tapotage sur écran tactile et du selfie (et de la déchéance du bac L), que signifie être un homme-à-l’ongle-long ? Et bien mystère. J’aime bien la théorie de la double vie de rockeur et du combat de rue, mais je suis intimement convaincue qu’il s’agit simplement d’une affaire de style (chinois), de tendance (très chinoise).  Voir l’article sur les fringues, et tout fera sens.  Tradition passée au prisme -ou rouleau compresseur- du contemporain…Toi-même tu sais. Ou pas.

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Un petit frisson te parcourt

Cependant, certaines traditions perdurent, intouchables et inchangées. Comme le port du sac à main des femmes par leur mec. Et oui, il y a des trucs bizarres cool. En plus d’un ongle long, les hommes se parent donc de sacs à main roses, à strass, etc. sur l’épaule (idem, revoir l’article sur le style hein), madame étant libre et joyeuse à ses côtés (ou le devance en faisant la gueule).

Pourquoi ? Une fois n’est pas coutume (d’ailleurs c’est peut-être la seule fois), j’ai la réponse. « Avant », dans la rétribution des tâches quotidiennes, l’homme était tout simplement chargé de porter les sacs (tous les sacs : aliments, bois…), bref porter les charges. Et aussi de faire la cuisine (ça n’a rien à voir mais c’est important de ne pas l’oublier). Bon, évidemment les femmes, elles, avaient des tâches plus ingrates, comme vider les pots de chambres. Non, alors, je ne sais pas comment ce taf a évolué dans les foyers chinois. Quoiqu’il en soit, l’ongle long et le port du sac à main touchent (une fois de plus) toutes les tranches d’âges de la population chinoise, le Chinois montrant ainsi dévouement et attachement à la tradition d’une certaine façon (et au style, bien sûr). Mais aussi tout simplement à la copie: une personne fait un truc « cool » (ou débile), 2 milliards se mettent à le faire. Tout se suite, on sent que l’impact est différent flippant.

En tous cas, le Chinois (les deux milliards) sait s’entourer de mystère, t’embrouiller la tête et c’est sa force. Et de rester dans un univers impénétrable pour les non-chinois. Son but: te maintenir à tout prix hors de cet univers sacré. Des preuves ? La langue chinoise, pour commencer, mais ça je vous renvoie vers l’article sur l’apprentissage (experience de vie) du chinois, ses tons, ses mille définitions pour un seul et même mot, que seuls les Chinois captent entre eux (enfin presque, car ils s’y perdent aussi c’est pour dire… il doit probablement y avoir des niveaux dans ledit univers, avec des initiés et des moins initiés). En gros le chinois (le personnage ET le language), ça fait un peu « Je change les règles quand ça m’arrange ». Par exemple, quand ENFIN tu réussis à aligner plusieurs mots en chinois pour former une PHRASE (5 mois de souffrance), pas une compliquée, juste une pour dire tu voudrais revenir a la maison (la base), tu deviens ton propre héros (et si tu l’étais déja, tu deviendrais le héros de ton propre héros). Sauf que ta prof, en t’écoutant patiemment, avec un sourire tout aussi patient (que tu prends d’ailleurs pour un signe d’encouragement.. plus même, un signe de fierté pour son élève) t’arrête au bout d’environ 5 longues minutes (pour prononcer 3 mots, oui, 5 minutes c’est relativement long) « Ah non non non, tu ne peux pas dire ça comme ça ». Tu grimaces. Et tu veux comprendre. Tout en sachant qu’il ne va une fois de plus n’y avoir rien à comprendre, car elle aura oublié de te dire que ce mot là dans ce contexte là, ou utilisé avec cet autre mot (tu les connais tous les deux ces mots, enfin tu croyais).. ben ca veut pas dire « la même chose que d’habitude ». Mais elle est quand même fière de toi et te rassure en te disant « tu ne pouvais pas le savoir ». Je sue beaucoup pendant les cours de chinois, du coup j’ai arrêté le sport, c’est moins efficace.

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Du coup il n’y a pas tant de vocabulaire que ça en chinois…

Si ma prof me demande comment on dit « je ne comprends pas » en français, je lui répondrais certainement par « C’est la Chine », ce qui ma foi, n’est pas loin du « c’est du chinois », que je ne considère plus du tout comme un propos gratuit ou cliché, bref ; non, non, ça fait tout son sens. Pas de fumée sans feu.

Ça, se sont les « dialogues » que j’ai avec ma prof. Apres il y a ceux de la rue, avec les vrais Chinois. Alors en général c’est très rapide: Je baragouine une phrase (toujours un peu en suant) et j’attends la réaction de mon interlocuteur, qui la plupart du temps me répond par « sorry, no english, no english ». Je ne sais pas pourquoi je fais tout ca.

BREF, le Chinois, brouille les pistes avec sa langue codée, puis confirme son don à te retourner le cerveau, grâce à des manœuvres plus ou moins subtiles. Cette habitude de dire tout et son contraire dans la même phrase, sourire à qui mieux mieux dans le but de renforcer cette impression (que tu avais déjà un peu) qu’il est sympa (qu’il se fout de ta gueule ou bien), l’habitude de ne jamais dire non même si c’est non, par exemple (liste non-exhaustive). Le Chinois, c’est celui, qui, après une heure de négociation de ma-lade, dans un pseudo anglais-chinois-français, à coup de chiffres sur une calculette, de démonstration d’expertise -toucher de tissu avec l’air connaisseur-, pour faire refaire (ok, une copie) une robe, réussi à te convaincre que ses prix sont imbattables, et que c’est ta fringue à toi qui est d’une d’une piètre qualité, et qui probablement est fausse. Regard entendu du Chinois sur ledit vêtement, puis il te le rend -genre « reprend ta daube ». Sisi. La grosse blague. Décryptage du sketch : Ta robe est en soie, tu veux la faire refaire a l’identique (tu n’es pas venu en Chine pour rien). Jusqu’ici tout va bien. Sauf que non, ce n’est pas possible. Enfin… Oui-non-oui, mais en fait non, malgré les hochements de tête qui te faisaient entendre l’inverse. Parce qu’en fait tu comprends que le Chinois-marchand n’a pas de pure soie en stock, mais ça, il ne le dit pas. Donc en gros après t’être un peu tendue complètement énervée « Bordel, elle a été fabriquée en France, regardez c’est écrit 100% pure soie ». Et je veux la même. « Same same pas almost same ». Le mec touche encore la robe et secoue la tête. « Bu, Bu, bu ». En général c’est pas bon signe. Bref, tu commences à tourner les talons, l’air déçu toujours complètement énervé. C’est à ce moment qu’il t’explique que ta robe n’est pas en pure soie, c’est pour ça qu’il ne peut pas faire la copie exacte, il ne peut te proposer que du 80% soie (« et encore » ajoute-il, enfin c’est ce que j’ai compris). Bref, si déjà le modèle est faux hein… Pour résumer le mec te dit que tu t’es bien faite arnaquer à Paris, et que les étiquettes, ben ça ne prouve rien, et il te confirme qu’il est bien placé pour le savoir, lui (et re le regard entendu) Et ça le fait bien rire. Toi en attendant, tu es complètement larguée, et tu commences à te demander si ce n’est pas lui qui a raison. Voilà, CQFD, cerveau retourné. Le chinois aurait toujours raison ? (il t’aurait à l’usure ?)

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Le chinois est un peu énervant, certes. Mais il a un côté plutôt génial. Stratège imparable parcequ’ imprévisible (entre autres).

Tactac, il te dit un truc, lui ne dit jamais non, ce que tu peux considérer comme agréable, non-contrariant, est finalement un premier obstacle à la compréhension mutuelle, puisqu’il te laisse imaginer tout ce que tu veux. Donc sympa mais pas pratique. Par ailleurs cette stratégie lui permet aussi de faire tout ce qu’il veut, emmitouflé dans ce nuage d’embrouilles. Parce que l’air de rien, oui, le chinois a une face anarchique (qu’il s’ignore peut-être). En gros, ça laisse place à des scènes assez dingues dans la rue – chelous, relous, crades, drôles, etc.  -tout adjectif bienvenu. Le Chinois s’en fout, c’est sa devise. Il s’en fout, il trace. Sous ses airs de « je dis toujours oui mais en fait non », il esquive pour mieux avancer, pour être tranquille-le-chat et faire ce qu’il a à faire: crachouiller, se déguiser, marcher en arrière, passer au rouge, te rouler dessus au passage, klaxonner même quand il n’y a personne (sauf toi), écouter sa musique ou regarder ses films sur smartphones sans écouteur -esprit partage culturel, prendre ta place dans la queue (se faufiler dès qu’il y a un espace vide en fait), te rouler dessus au passage, vider des seaux d’eau dans la rue alors qu’il fait -10 degrés, se baigner dans une eau douteuse à 2 degrés en mode champion de natation, mettre son scooter sur son palier même au 19è étage (son appart ne doit pas être assez grand), et te rouler dessus dans l’ascenseur au passage, du coup.

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Le palier « commun »
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Préparation aux JO hiver-été 2017
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Quand un Chinois a envie de chips, et bien il s’arrête et fait des chips avec ses potes

Voir dormir un chinois en lieu et place improbables ne me surprend plus vraiment, j’adhère plutôt à cet esprit roots et pratique. Tu es fatigué, bah dors.

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Tu as envie de cracher, crache. Tu as envie de brailler, braille. Le Chinois ne se prend pas la tête. Tu veux mettre un masque, bah mets un masque…

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Sex Shop?

Quoiqu’il en soit je demande moins pourquoi. Je préfère « m’émerveiller » de tous ces petits « riens » – je vous laisse le soin de prendre cette phrase au degré que vous voulez (surtout en ce qui concerne les mots entre guillemets).

Autre aspect de ce personnage à mille facettes, le rire. Le Chinois rit. De toi, possible, mais de tout c’est sûr. Ce qui va bien finalement avec l’attitude « je m’en fous je trace ». Il adore rire, et faire des blagues. Des blagues que tu ne comprendras forcément jamais, mais ça tu as été prévenu dès l’apprentissage de la langue, depuis le fameux manuel Experiencing Chinese. Ma bible. La logique des échanges et des dialogues t’échappe, (tout comme dans la vie courante… le manuel ne ment jamais, c’est un vrai récit initiatique), alors les blagues, franchement il faut de la patience et de la persévérance (et quand bien même, c’est mort dude). Humour naïf douteux parfois comme en témoigne ces jeux de cartes tout mimi (en vente dans la boutique de souvenirs de l’Aquarium, je précise hein).

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Ce blog va se faire ficher

Plus fun encore, les pubs dans la rue et le métro: le chinese street marketing – une stratégie visionnaire ? Peut-être. Festival surréaliste, ça c’est sûr. On remarque les nuances subtiles pour la même gamme de produit, cohérence de communication pour la marque, sans doute : plus le poulet est grillé plus le mec est chaud, si j’ai bien compris:

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Parmi ces trois pubs, sauras-tu deviner celle qui correspond a un site de rencontres?

Et sur la ville règne, en plus de tout ce qui vient d’être cité, un état d’esprit « Je suis un grand enfant ». Le Chinois aime le fun, le divertissement, les choses en grand, ce qui, une fois de plus colle (ou pas), en tous cas s’ajoute, au côté anar, qui s’en fout, qui rit, et qui dit toujours oui… et qui finalement atteint ses objectifs. Et pour encore mieux t’envelopper dans cet univers énigmatique, y ajoute une touche de musique. Et pas n’importe laquelle. Si, en fait, vraiment n’importe laquelle pour peu qu’elle fasse du bruit. Et pas un peu comme ça en fond. Non, une musique -même si tu ne la considères pas comme telle- est faite pour être bien bien bien bien bien entendue. Et surtout, parce que ce serait dommage de te laisser un instant reprendre ton souffle dans un moment de « silence », on prend bien garde à t’en balancer absolument partout, en mode boîte de nuit. Mais de quel siecle date ladite boîte de nuit dancing? Mystère, encore. Tu m’étonnes que tu frôles la crise d’ épilepsie à chaque fois que tu vas faire des courses.

A personnage opaque, boulot opaque. Quelques exemples. Le métro. Il y a des gens, sur le quai, qui attendent que le train arrive. Lorsque finalement il entre en station, ces sihouettes fantômatiques toutes de noir vêtues, se mettent à siffler, le regard perdu dans le vide (ou dans une dimension à laquelle tu ne peux pas avoir accès)… et voilà tout. Parfois elles montent sur une petite estrade, mais c’est rare (question de hiérarchie ? de budget ?).Qui sont-elles ? A quoi servent-elles ? Parce que si c’est pour dissuader les voyageurs qui pousseraient les autres pour rentrer dans la rame, c’est l’échec totale d’une profession. Les Chinois sont comme les parisiens de la ligne 13, ils te défoncent pour rentrer coûte que coûte dans le wagon.

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La Dame Blanche

Dans le rayon MMM (Métier Mystérieusement Mystérieux) le coiffeur arrive en tête. Être coiffeur à Shanghai, ça équivaut à avoir gravi à peu près tous les échelons de la société. Enfin c’est l’impression que ça donne. Tu es un artiste, mais riche. Car le coiffeur est plutôt cher par rapport au coût de la vie, et pourtant il y en a partout. Starbucks et salons de coiffure, même combat. Quand un chinois aime bien un truc, il en met partout en fait (non ici la rareté ne crée pas le luxe, ce n’est pas vraiment la philosophie. Ce serait plutôt l’inverse. La religion de l’excès). Et aller chez le coiffeur, et bien c’est tout un rituel. Je ne m’en étais pas rendue compte (sûrement parce que je n’ai pas encore oser la coupe à la chinoise, et c’est peut-etre mieux ainsi) jusqu’à ce que je tombe sur une leçon du fameux manuel, entièrement consacrée à l’activité « Aller chez le coiffeur ». Même dans les livres les coiffeurs occupent tout l’espace. Dialogue ubuesque entre le client et l’artiste-architecte-capillaire, ce dernier décidant de tout et clouant le bec au client. Même ma prof m’a déconseillée d’y aller c’est pour dire…  En gros, si tu y vas pour te faire couper les cheveux, il va te demander si tu ne veux pas une permanente ou une décoloration. Si tu dis non, il te fait comprendre que tu rates une putain d’occas’ parce qu’il y avait une super promotion sur la permanente. Et le client qui ne veut pas passer pour une poire et rater ladite bonne occas’, va carrément surenchérir : « Puisque c’est comme ça, je prends la permanente ET la décoloration! (et je ne vais surement pas me faire couper les cheveux) » Rien que de l’écrire, ça m’embrouille. Bref, j’ai déjà mieux compris le look des gens dans la rue (finalement certains mystères essentiels se résolvent).

Le chinois peut être aussi un peu monomaniaque : il aime les boutiques spécialisées, comme ça il sait où se trouvent les choses, et c’est plus simple. Enfin ça dépend pour quoi et pour qui. Par exemple il y a d’innombrables boutiques de scotch et de peignes. C’est vrai que c’est pratique.

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Si jamais c’est le rush, on peut se poser pour attendre

D’ailleurs si ça pouvait exister pour environ tout le reste (les choses normales en fait) ce serait super, mais moins fun surement. Car je tiens à souligner le fait que quand tu débarques et que tu cherches une poêle et une assiette, tu galères comme jamais et tu te retrouves dans une sorte de magasin de porcelaine qui coute une blinde, et tu éclates ton budget vaisselle, en une journée entière de recherche certes, mais en une seule assiette (mais belle et précieuse) (ils ne vendent pas de poêle dans les magasins de porcelaine). Tu en as tellement marre que tu es même rentré dans le magasin de peignes et de scotch car on ne sait jamais

Entre cape et rire, à califourchon sur son rutilant scooter tout droit sorti de l’enfer (électrique et sans lumiere en réalité) le Chinois ne perd pas le nord.

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Petite balade dans le parc de People’ Square (qui porte bien son nom pour le coup), au milieu d’une ribambelle de parapluies. Alors, évidemment… Pourquoi ? Et bien…c’est chaud. Les parapluies sont posés au sol, des feuilles scotchées (ceci explique cela) dessus, avec des photos de filles ou de garçons, des textes en chinois, et des Chinois évidemment, accroupis derrière les paraps. Bienvenue dans le marché aux célibataires. Et oui. Réservés aux parents naturellement, qui affichent le CV de leurs enfants (avec revenus, âge et tutti quanti à l’appui). Je ne vous avais pas parlé de l’esprit pratique des Chinois ? Et bien la boucle est bouclée. Le pragmatisme, mais qui suit sa logique bien propre, bien à eux.

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Un site de rencontres efficace

Une logique sinueuse en fait, mais qui a un rapport avec croyance et superstition (on reste bien dans le thème du mystère). Les mauvais esprits (en Chine) ne pouvant se déplacer qu’en ligne droite, mieux vaut prendre des chemins détournés pour les éviter. Tout s’explique. Si un Chinois t’embrouille les idées, c’est finalement parce qu’il te veut du bien, et t’a choisi comme allié contre les forces du mal.

Pour conclure j’hésite à comparer le Chinois à Dieu ou à l’Art Contemporain. A Dieu, parce qu’il est un être mystique dont les voies sont impénétrables. Et à l’Art Contemporain car il est compliqué, étrange et que l’on l’admire souvent sans trop bien savoir pourquoi.

Bonus track special humour: une seule de ces images est ironique. Sauras-tu la retrouver?

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Juste apres l’élection de Trump, voici ce qui circulait sur les reseaux sociaux chinois

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Un bar, une ambiance (enfin…)

La rentrée, les français et le point de croix

Après avoir passé son été a se plaindre de la canicule en France, mais néanmoins heureux d’avoir échappé à celle en Chine – oui parce qu’on ne parle pas exactement des mêmes températures pour définir le concept de canicule d’un continent à l’autre- le Français Expatrié (on va l’appeler J-C pour l’humaniser un peu) revient serein pour se confronter de nouveau aux mystères problèmes chinois. Serein pour plusieurs raisons. D’une il a pu raconter ses péripéties de l’année de vive voix à l’ensemble de sa famille, amis, ex-voisins-devenus-amis, ex-collègues-devenus-ou-ou-pas-amis-mais-cest-toujours-cool-de-pouvoir-raconter-sa-life. Oui de vive voix, sans les coupures intempestives dues à la qualité made in china de la connexion internet. De deux, il a mangé du fromage. Du vrai. En expliquant bien à son auditoire envoûté par sa logorrhée, que ça n’a pas de prix, de manger du fromage, du vrai. Avec du pain, du vrai. Et du vin, du vrai. C’est le moment du repas où d’ailleurs J-C ne parle plus, il donne un récital. A croire qu’en Chine, on ne se nourrit que de raviolis (« Mais des vrais hahaha! », ajoutera J-C. Ses amis diront -tout bas- qu' »il a quand même changé, J-C, depuis qu’il est en Chine). De trois, il a pris le soleil (et oui, la « canicule » normande ou bretonne n’a pas que des mauvais côtés). Dopé à la vitamine D – reconnue pour ses vertus anti-dépressives, sculpté au Brie et au rosé, l’Expat’ français revient donc ragaillardi (l’expression frais comme un gardon serait peut-être un peu exagérée).

Mais s’il est si heureux de reprendre le chemin de la lutte quotidienne – la rentrée quoi – malgré la semaine de jetlag qui l’attend à son retour – et qui bien sûr vient ruiner direct son été de remise en forme- c’est qu’il va retrouver ses amis Expat’ français. Et oui. L’une des nombreuses contradictions qui fait le charme du Français. Cet être relou ambivalent. On le sait, un français à l’étranger cherche à éviter les autres français, mais en même temps il kiffe se retrouver avec ses congénères. Dire que la principale raison de cet élan patriotique serait pour critiquer le reste du monde est un peu exagérée, mais il y a de ça. Enfin, c’est surtout pour pouvoir donner son avis de français sur ce qui n’est pas français, parce qu’il adore avoir un avis sur tout, et qu’il n’y a rien de plus jouissif que de le faire avec d’autres français. Car l’Expat’français est plus qu’un français. C’est un cliché concept. Partout dans le monde, parler bouffe en mangeant est communément admis comme une activité française à part entière. Parler de bouffe-bien-de-chez-nous en Chine avec d’autres français, c’est finalement le cliché du cliché, sorte de paroxysme du cliché. Le mythe s’incarne quoi. Tout le monde est persuadé que, puisque vous êtes français, vous êtes désespérément et perpétuellement en quête de baguette et de fromage. Et on – les autres français- vous abreuve « de bons plans » produits du terroir (avec cependant une réserve : « On est bien d’accord, la qualité est quand même différente »). Bref, J-C est comme un poisson dans l’eau avec ses compatriotes expat’. D’où l’événement photographié ci-dessus. Oui, évidemment, j’y étais. Le Grand Accueil. La grande Messe (oui ça pourrait aussi s’appeler comme ça. Ou « apérodéjeunatoiregéant aussi. Ou kermesse). Le Rassemblement (que tu ne dois pas raté si tu ne veux pas être ex-communié) se déroule dans la résidence du Consul de France, une fois par an, à la rentrée et accueille, donc, tous les Expat’ français de Shanghai (tous les J-C quoi). Tu arrives (10h30), on te colle une coupe de champ’ dans la main : tu retrouves ton sourire perdu  le temps du trajet pour y arriver et tes amis camarades de classes, que n’avais pas vu l’été durant. J-C a donc 3h devant lui pour boire, manger, papoter, dans un lieu qui claque. Autant dire qu’il se sent comme à la maison. En regardant mieux la photo, on s’aperçoit finalement, que comme les chinois, et bien les bretons sont aussi partout. Hé oui, toujours ce drapeau un rien chauvin étendu là où l’on ne s’y attend pas. Avoir un Shanghai Accueil (ex- Cercle francophone, je tiens à le préciser. Il semblerait que l’appellation « cercle » passait de moins en moins bien ) pour les français, c’est rassurant mais savoir  que les Bretons ont eux aussi leur propre asso, c’est flippant. Drapeau, galettes et bignous, ils arrivent à se fondre dans le décor, même le plus exotique. Chinois et bretons, même combat. Envahir le monde.

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Avec le logo qui va bien. Un peu plus et ils mettraient le Mont Saint-Michel à la place des bigoudènes

Il faut se le dire, quand on arrive en Chine, et que chaque lieu ressemble à la ligne 13 aux heures de pointe, on se dit que ce serait bien de trouver des gens à qui en parler. Lier des connaissances pour se sentir moins seul dans cette jungle. Trouver des alliés quoi. A défaut, trouver des repères, pas forcément des gens hein… Juste des livres en français par exemple. Quand j’ai découvert la librairie francophone, ça m’a fait le même effet que lorsque j’ai vu l’enseigne Carrefour apparaître au coin d’une rue.

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Au bout du tunnel, il y a toujours une lumière

Ou le cinéma. Parce que je suis une grande fan (et qui comme toute bobo parisienne qui se respecte, était adepte du MK2 Beaubourg). Alors, refusant le ciné-club « Art et essai » organisé chaque soir par Grand Arbre à l’appart – attention il a des goûts pointus, mais dans d’autres catégories de films, j’ai commencé mes recherches ma lutte. J’ai d’abord taper sur google (qui en Chine n’est pas vraiment ton meilleur ami) « shanghai cinéma film français » puis « shanghai film français » puis j’ai revu mes exigences à la baisse devant le nombre de résultats (quasi 0, sauf si on prend en compte un vague lien datant de 2004) et me suis finalement contentée de taper « shanghai français », tout en m’auto-convaincant qu’il y a plein d’autres choses à faire qu’aller au ciné – j’étais super vénère mais je me suis dit que c’était encore un obstacle a surmonter que Dieu Tchang m’envoyait. Bref, lorsque le VPN a donc décidé d’arrêter de ramer et que j’ai entrevu la possibilité de dépasser la page google (c’est à dire que ton clic a fonctionné, une fois au moins. Ici, c’est ça qu’on appelle surfer sur internet, ndlr), tu es donc au bord de l’orgasme lorsque tu vois les mots « Alliance Française » illuminer ton écran. Je trouve que cette organisation porte vraiment bien son nom. Tu cliques, tu cliques et tu cliques sans relâche (pas sur beaucoup de propositions, juste sur le fameux lien pour accéder au site de l’Alliance Française en fait), jusqu’à découvrir THE pépite : le fameux Shanghai Accueil (Feu le Cercle francophone). Qui propose moultes activités FRANCOPHONES. C’est à ce moment là que ta vie va basculer : tu vas t’inscrire à beaucoup de choses improbables. Des conférences dont le sujet t’es complètement égal (d’obscurs experts qui viennent débattre d’obscurs sujets « Pêche de la morue en Mer du Nord dans la deuxième partie du 17è siècle : impact et enjeux ». Je déconne, pas à ce point quand même…), des sorties dont tu ne comprends pas le thème mais-tanpis-allons-y-on-va-bien-voir (« Flânerie dans la Suzhou Creek ») , et des activités de toutes sortes (apprendre à faire des nœuds chinois ça me tentait beaucoup mais je me suis dit qu’à un moment, il fallait être raisonnable, et rester un peu concentrée). Alors je me suis inscrite à la visite guidée EN FRANÇAIS d’un musée, avec une experte française, spécialisée en céramique. Visite du département céramique dudit musée, donc. Quels extraits :

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Chien antique
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Un canard
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Le bélier qui rêvait d’être une licorne
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Petit Chinois appliquant la stratégie du Breton : l’incruste

J’ai un peu mis le holà après tout ça, aussi passionnant que ce fusse. Je me suis concentrée sur une seule activité offerte par Shanghai Accueil, en restant dans mon domaine : écrire pour le magazine francophone et m’occuper de la rubrique art et culture . Ce qui me fait bourlinguer, d’interview en interview  – encore plus- dans le Shanghai français. Et ce qui me fait dire que oui les bretons sont partout, mais qu’il y a quand même beaucoup de français. Beaucoup, genre beaucoup beaucoup. Genre surtout dans la résidence où j’habite. Au début on ne s’en rend pas trop compte, et puis on découvre deux choses : les rassemblement franco-français de La Parisienne et les groupes de français sur WeChat.

La Parisienne : haut lieu de la gastronomie française. En fait c’est une boulangerie qui fait des baguettes. Je rectifie, c’est une boulangerie-pâtisserie dont les baguettes sont faites par un français -gage de savoir faire ultime lorsque l’on parle baguette. En plus, elle propose du fromage, du vrai et du vin, du vrai. L’Eglise du quartier quoi. Autant dire que tous les week-ends, tout Expat’francais qui se respecte va au moins petit déjeuner, bruncher, ou apéroter une fois. Ou passe prendre sa baguette et son éclair au chocolat pour le déjeuner dominical. Quelques petits drames en fin de journée le dimanche tout de même devant le succès de l’entreprise, c’est quand il n’y a plus de baguette. J-C qui était venu exprès avec ses amis en visite de France leur montrer que oui, même a Shanghai on a la chance d’avoir des baguettes :

« – les baguettes, de pain hein, pas les baguettes chinoises hahaha! »

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Oui, il a bien changé J-C, c’est clair.

Mais devant les bannettes vides, J-C se retrouve désappointé:
« Mei you baguette? » s’exclame-t-il devant le caissier chinois, entouré de ses convives, bluffés devant l’aplomb de J-C (J-C parle chinois!). Le caissier chinois émet un vague « -…Sorry ».  Sur ce J-C ne lâche pas l’affaire : »Oh.. Mei you baguette? Mei you baguette at all? » J-C traduit donc la conversation à la petite troupe : « Ils n’ont plus de baguette ».  « Ha, la rançon du succès que voulez-vous ». Débat, blagounettes de J-C.. Bref, ou va-t-on trouver du pain?

Les groupes WeChat, c’est tout un univers. J’avais déjà parlé du Wechat (sorte de WhatsApp amélioré) et des prises de contacts, et bien les groupes c’est la résultante. On te scannes (oui, ici tu as un QR code, c’est moderne), on te « add », mais ça ne s’arrête pas là. On t’inclue dans des groupes. Tu habites dans tel quartier, tu feras partie du groupe WeChat de ton quartier, tu joues au tennis, tu feras partie des 15 groupes (tennis du dimanche, tennis en semaine, tennis dans telle résidence, tennis entre français (ben oui!), tennis entre Bretons), tu as des enfants ET tu es français, tu feras partie du groupe spécial « les mamans de Pudong ». Bref, j’ai donc la chance de faire partie des « Français du Yanlord » (nom de la résidence) et des  » Zapéros à la Parizienne » (oui, l’Eglise où J-C fait ses sketchs, parizienne avec un z pour montrer que le Français peut être cool, avoir le djeuns’spirit et de l’humour. Oui…). Et toute la semaine, ça échange dur entre Français. Et ça organise des apéros, bien sûr. Une fois par mois, c’est donc.. à la Parisienne (on notera donc tout l’intérêt d’habiter à Shanghai, d’avoir des rooftops de dingues et des vues incroyables, des bâtiments à l’architecture magnifique et j’en passe. Mais non, on préfère aller s’enfermer dans un 30m² en rez-de-chaussée, avec vue sur route, c’est mieux. Bref, en plus de se laisser convaincre par les attraits du lieu, on se dit que définitivement, on va y aller parce que les français ont quand même un humour sacrément décalé, et qu’en plus de boire et manger des trucs vrais, on va se taper des barres de rire  toute la soirée:

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Même ultra en forme, je n’aurais pas pensé à la faire celle-là #jealous

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Personne n’a répondu à ce pauvre Arno et à ses amis portugais. A-t-il tenté de faire une blague? Etait-il sérieux? Est-il toujours admis dans le groupe?

On aura bien situé la nuance entre français et francophone du même coup.

Quoiqu’il en soit, dans le quartier, lorsque tu rencontres un occidental (quelqu’un qui n’est pas chinois donc), tu essaies de deviner s’il est français, parce que tu as compris qu’ils étaient finalement nombreux. En gros à l’épicerie du coin, ça peut donner ce genre de trucs à la caisse : après quelques coups d’œils qui se veulent discrets, tu as repéré un journal en français qui dépassait nonchalamment de la poche de son propriétaire (un potentiel J-C ?), ou tu regardes le texto que la personne derrière toi envois… alors s’il est en français :

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« La première règle du Fight Club est… »

Conclusion, je ne veux plus entendre un seul Français dire que les Chinois sont partout. Les Bretons, à la rigueur…

A l’heure où j’écris ces lignes, mon WeChat a vibré, et à la une du Petit Journal de Shanghai aujourd’hui, cet article :

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Si tu n’as pas le courage de lire ou de VPN pour cliquer, voici le résumé en images:

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La bouffe
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Le foot
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La tise

Tout est dit!

Paix et amour.

Bonus track, les photos de vacances :

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Burkiquoi?