Un été à Shanghai-Plage

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Cette année, la place-to-be de l’été, pour une date et une Macarena réussies, était sans conteste Shanghai Beach. Un covid quasi-éradiqué, plus de distanciation physique imposée, les sauteries de nouveaux autorisées… Bref, les ingrédients d’un cocktail estival prometteur : L’été sera beau, l’été sera chaud. D’ailleurs tous les Shanghaïens (de chair ou de coeur) ont répondu à l’appel de l’ambiance hot hot hot qui s’annonçait, puisqu’aucun d’entre eux n’a quitté la ville (ou n’a pu la quitter).

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Foule, chaleur, tintamarre… Moi aussi cet été je suis donc allée à la plage !

Bitumée certes, mais quand on fait abstraction de ce micro-détail, c’était à s’y méprendre comme une plage municipale de la Côte d’Azur en plein mois d’août. Idéale pour rôtir à petit feu (ou fondre à grosses gouttes), blindée de monde, saturée de plaisantes sonorités, toutes plus subtiles les unes que les autres – transistors du 21e siècle qui hurlent, gouaille atemporelle et sans filtre des gens qui font de même, par exemple. De délicates fragrances de clopes et de chichis chinois (une forme frite inconnue faite de toute matière alimentaire qui peut être frite) ont délicieusement parfumé l’air et se sont harmonieusement alliées aux merveilleuses notes pétrolifères des gaz d’échappement… Hé oui, comme sur le front de mer à l’heure des retours de plage, les embouteillages ont eux aussi fait (intensément) partie du décor estival.

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Les activités inséparables d’un été réussi étaient également réunies, comme le chanteur à la gratte sur le front de mer, le tournoi de mah-jong (bien plus hype que le beach volley), le bal du camping, les boissons « Special Cool Summer » – à marier avec le chichi, pour un mélange surprenant pour les papilles et explosif pour le tube digestif.

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©Visitourchina.com

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Même les cigales ont créé l’illusion et ont fait tellement de boucan, qu’elles ont parfois réussi à remporter la place n°1 du paysage sonore, pourtant déjà bien peuplé. Des cigales chinoises, nées pour gagner.

La plage, donc, dans toute sa splendeur, et sans les désagréments du sable qui colle à la peau. Une sorte de perfection.

Bien sûr, comme toutes vacances d’été qui se respectent, il y a aussi eu les typiques journées pluvieuses, celles consacrées à jouer à La Bonne Paye ou au Mille Bornes dans ton bungalow.

Tout comme les batailles nocturnes avec des insectes maléfiques. Ce troupeau de termites par exemple, à très vite compris qu’il serait plus à l’aise dans ma chambre que dans la rue :

Bref, une ambiance guinguette géante à Shanghai Beach, mais dont un élément majeur a tout de même manqué. Un ingrédient clé. Essentiel. Hé oui, qui peut décemment imaginer un Gin-tonic sans Gin, un mojito sans rhum… et la plage sans … la mer ? Je suis donc partie à la recherche de cette grande absente, la matrice de l’été, la déesse des grandes vacances. Quand on regarde la carte, Shanghai, c’est une ville côtière. Facile, donc, d’y trouver la mer. Et sur cette dite-carte, elle a même l’air toute proche. En vrai c’est la distance Verneuil-Cabourg en mobylette quand tu as 15 ans… C’est loin, chiant, et tu ne sais pas si tu arriveras au bout du chemin. Et bien à Shanghai, si tu arrives à destination, le résultat c’est ça :

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© MaritimeHerald.com

Evidemment, personne ne court nu pour se jeter à l’eau le premier. Et on a du mal à se projeter dans une ambiance « Madrague », un air que l’on se surprenait pourtant à siffloter avec espoir.

Loin d’être découragée, je me suis rabattue sur la recherche de son double artificiel : la piscine. Une sorte de « bébé graal » en quelque sorte. Une quête que j’ai menée sans relâche pendant tout l’été. Par conséquent, en cette rentrée 2020, je ne suis pas peu fière d’annoncer la sortie prochaine d’un guide sur les piscines du coin, dont voici le top 3. Premièrement, la « Club Mickey », de loin la plus répandue. C’est celle infestée de corps d’enfants, de cris d’enfants, de jeux d’enfants – eux aussi, sont restés à Shanghai – et dont on peine à distinguer un centimètre cube d’eau. Ensuite, « La Décadente », c’est-à-dire celle où l’ambiance est digne d’une after et où l’orgie est de mise. Je l’ai tentée un lundi matin à 10h, l’ambiance était déjà (ou encore) « clopes et whisky-coca en plein cagnard ». Enfin, « L’Ultime ». Souvent perchée au 54e étage d’un hôtel de luxe, on s’y prélasse en contemplant le monde d’un air satisfait, dans une ambiance « nectar et ambroisie ». C’est très douloureux d’en descendre. De loin ma préférée, de loin inaccessible pour le commun des mortels, dont je me suis rappelée faire partie (comptez un SMIC pour quelques heures de barbotages).

Finalement, on a tenté une expérience hybride avec Grand Arbre, toujours partant pour l’aventure : une piscine extérieure, près de la mer, sur un lac (artificiel) où voguent des voiliers (réels), histoire de se planter dans un décor « vacances » (et en y croyant fort). Ça a presque marché. Piscine déserte et turquoise, lac vaguement bleu et encore plus vaguement végétalisé, voiliers blanchâtres et lointains… On aurait presque senti les embruns.

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Mais l’approche du bonheur fût de courte durée, toujours et encore insaisissable. Finalement ce week-end là, une course hippique (racée, puisque consacrée aux licornes) y était organisée, et dont les cavaliers et destriers furent soutenus par de fidèles et très nombreux supporters en liesse.

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Pas de zen zones prévues malheureusement, on a donc dû abandonner nos transats. Et puis c’était déjà presque la rentrée.

A la base, je pensais naïvement que Shanghai l’été, c’était un peu Paris en août, délestée de ses habitants, une immense terrasse de bistrot vide où seul l’écho de ta voix et le tintement des verres entre eux résonnent. Mais comme chacun sait (sauf moi visiblement), cet été devait forcément être particulier, situation Covid oblige. Les formalités pour quitter la Chine étant claires et intransigeantes depuis plusieurs mois… et se résumant finalement à une unique et inflexible sentence « Si tu pars ne t’attends pas à revenir », on fait vite le tour de la question des vacances. TOUT LE MONDE est donc sagement resté à Shanghai… Et quand tout le monde est là et que personne ne prend vraiment de vacances qu’est-ce qu’on fait ? Et bien on fait comme d’habitude : on bosse ! Les chantiers tous les 100 mètres (mon immeuble inclus), les events, openings, meetings en pagaille…

Du coup, j’ai hésité pour le titre de l’article. Un été à Shanghai… « … L’été en pente raide », « … 47,2 le matin ». Oui, à ce propos, bonjour les parisiens et le fameux « Nan mais attends aujourd’hui il va faire 32° à Paris tu te rends compte ? » « Oui Chouchou. Bisou depuis mon hammam aux normes douteuses« .

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« Un été à Shanghai, une saison en enfer » ? Avec, bien sûr, tout l’aspect poétique que ce titre comporte. Enfin, heureusement c’est la rentrée.

(Image en une : © China Daily)

Auteur : Caroline Boudehen

Journalist, writer & reporter (Asia)

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