Shanghai vs Verneuil, le retour, les rituels

Aujourd’hui c’est vendredi. Et pas n’importe lequel, puisque nous sommes le 1er septembre, date marquante pour plusieurs raisons. En 2017, rien de foufou :

Capture d'écran 2017-08-31 04.57.38.png

Par contre historiquement parlant, c’est le jour de la mort de louis XIV, et surtout, celui de ma naissance. Voilà, cette année donc, le 1er septembre est bien un vendredi saint. Mais pour une fois, je ne suis pas mon rituel à la lettre, puisque je suis en terre étrangère (je ne suis ni à Verneuil ni à Paris quoi), sans les potes, la famille et un public en folie. Oui, j’adore le jour de mon anniversaire, je me sens différente, un peu extraordinaire… même si, les années passant, j’ai une pensée de plus en plus angoissée pour ce cher Honoré (de Balzac) et sa peau de chagrin. L’avantage, c’est que cette pensée se transforme vite en une action positive et immédiate (non, pas que se saouler au champagne toute la journée pour oublier le temps qui passe), mais plutôt se bouger sans tergiverser pendant des plombes. En gros, arrêter de procrastiner. Et le résultat est finalement assez concret. Premièrement, faire ce qui est marqué sur la liste annuelle (passée et à venir..) des Choses à faire et accomplir, et surtout, y ajouter « Arrêter d’ajouter des Choses à faire ». Et deuxièmement, prioriser. Ma vie ressemble a un business plan d’entreprise, oui. Manque juste le cash flow. Mais bon, hein, l’argent ne faisant pas le bonheur, comme chacun sait… Je cherche Autre Chose. Alors, cet été, j’ai anticipé. L’été de mes 34 ans-et-demi – cette pensée d’atteindre un chiffre rond que l’on ne peux plus confondre.. « 31, 32, ah j’ai 33 ans, je ne sais plus tu sais ça passe tellement vite hein.. « Oui ben là, non, j’ai 35 ans, c’est clair et point final. Bref, je me suis dit qu’il était important que mon été soit réussi : comprendre, pas juste une gigantesque teuf de deux mois, et revenir pâle, cernée et déprimée par la rentrée. Alors, j’ai commencé le fameux bouquin dont je me dit qu’il fallait ab-so-lu-ment que je commence à un moment de ma vie (j’arrête les deadline trop stressante), et je me dit ça depuis.. Donc tadam, roulement de trompettes et braillement de tambours, et inversement! That is done. J’ai en fin commencé. De ce fait, j’ai commencé à écrire mon livre avant mes 35 ans. Bref, sentiment de satisfaction, car avant même la rentrée (oui c’est ça aussi le 1er septembre), et bien j’ai déjà géré une résolution, d’une année et d’une vie. Pas désagréable ce petit sentiment de supériorité sur les autres moi-même. Cadeau de moi à moi-même.

825640425a01703a198732c430a38533--vintage-ladies-vintage-stuff.jpg
Quoiqu’il en soit, le 1er septembre, on commémore

Sortie tout droit de l’été normand (on ne sait plus bien météorologiquement le caractériser, ça devient un concept pur), je suis de retour à Shanghai. Enfin, j’étais déjà de retour à Verneuil ET aussi à Paris. C’est bien les maisons de cœur mais c’est un peu perturbant. Étonnamment, après 6 mois d’absence en France, y revenir n’a pas été déroutant (ça ne m’a pas « fait bizarre » comme on dit).. et idem lors du retour en Chine. Je ne vais nulle part, je retourne partout? A moins que désormais ce ne soit l’inverse. J’imaginais lors de mes insomnies récurrentes (ce décalage horaire et mental qui t’ouvre des portes spatio-temporelles insoupçonnées avec toi-même) que mon home pouvait être l’ensemble de ces espaces accumulés. La maison des parents -de l’enfance donc, le jardin,  le Pot d’étain -QG dont les patrons te connaissent mieux que tes parents, la célèbre (mais pas autant que le bar suc-cité) piscine de verneuil, des rues particulières de paris, les apparts des potes… bref, que tout cela était finalement une sorte d’espace à moi, mon intérieur, large et plutôt émotionnellement dense. Et je me suis sentie bien, moins défractée. C’est où chez moi? ben chez moi. Moi quoi.

Plus trivialement, j’ai trouvé  des similitudes entre Shanghai et Verneuil : les tours (pour la petite histoire et les rares ignorants, Verneuil abrite quand même la tour qui a inspiré l’architecture de celle du Herald Tribune à Chicago, et oui, petit sceptique tu peux vérifier ici)…

IMG_2678 (modifié).JPG
Verneuil
IMG_7566.JPG
Shanghai

…l’art de l’étalagisme (c’est à dire un discernement dont les critères restent mystérieux)…

IMG_2686.JPG
La vitrine de l’opticien

…le mélange des genres (Verneuil est elle aussi éclectique et pense que se boboïser, c’est mélanger tout et n’importe quoi)…

IMG_2712.JPG
Chez l’esthéticienne

… le génie des titres (Verneuil incarne le printemps des poètes toute l’année).

repeau
L’ère de re-peau, l’institut de beauté

Et je n’ai pas pris en photo quelques petits looks sympathiques tout droit issus de la collection printemps-été 2018 sur le marché du samedi). Et, oui je pense à tort que les choses sont acquises ici, et du coup, je me relâche et je ne prends pas mon appareil photo. Il y a aussi les mêmes gesticulations pour te faire comprendre dans les commerces (oui, un toc pris en Chine, pour être sure pour tenter te faire comprendre, ce qui a pour résultat l’obtention du même regard médusé de la part dudit commerçant, qu’il soit chinois ou français). Je ne m’appesantirais pas sur les grands moments de solitude lors des discussions au comptoir des bars, grandes surface et autres messes sociales. Finalement la province m’amuse autant que la Chine (dit-elle d’une voix provenant de Paris-la-suprême). Mais j’ai le droit, puisque je suis née à Verneuil (une des dernières, d’ailleurs).

arizona-dream-1993-09-g.jpg

Après un vol chaotique, me voilà donc en amerrissage à Shanghai, reconstruisant mon espace intérieur, rituels du décalage horaire. Sauf qu’à Shanghai c’est moins évident qu’à Verneuil ou même à Paris. Il y a quelque chose d’immuable en France -tout, en fait – ce qui ne se vérifie absolument pas en Chine. Tout change. On a même l’impression que les pierres et le bitume sont vivants. Et finalement, les deux me conviennent : la bulle-madeleine (oui je parle de Proust de la Tour (de la Madeleine, pour le coup)) qui semble n’attendre que mon retour, où les parfums (de poulet rôti, de métro parisien, d’épandage normand) procurent un sentiment de plaisir viscéral -ton corps sait d’ou tu viens, et la bulle-Sisyphe dans laquelle tu peines à pénétrer, puisque ses contours changent en permanence, les repères sont difficiles à ancrer- tu serais plutôt en train de la pousser cette bulle, d’ailleurs. Alors, revenir à Shanghai, c’est finalement se demander si « avant » de partir a vraiment exister. En Chine, tout est éternel recommencement, finalement, et ça te rappelle ta nature de mammifère, c’est à dire un être qui est sensé s’adapter à toute situation… C’est dynamique, mais chiant. Oui, on est un peu des hybrides ici, à ressentir des sentiments contradictoires dans un même temps : les situations sont drôles et pénibles en règle générale. Quoi qu’il en soit, je ne désespère pas d’y installer, enfin, adapter, mes rituels. Qui peuvent être un peu chelou (mais ici le chelou est un concept acquis voir une philosophie de vie) mais non moins essentiels pour m’y retrouver (pauvre petite normande perdue chez les chinois). Et mon anniv, bien sûr, c’est LE plus important, puisque ça fait quand même une bonne vingtaine d’années que je m’évertue à le rendre parfait et efficace. Mais je ne vais pas y revenir.

Les rituels, dont la définition est « un ensemble de rites choisis comme procédés effectués sur une base régulière dans un but spécifique ». Me concernant, le but spécifique serait plutôt l’autosatisfaction, plaisir vaguement inexplicable mais hautement rassurant. Tout comme mon amour inconditionnel pour les listes, les programmes, l’organisation. Même si je peux parfois vouer un culte à la spontanéité… et tout autant à l’incohérence.

IMG_2461

Bref, le cérémoniel, je trouve ça important, ça structure ou ça comble une vacuité? En tous cas ça rend les petites choses plus croustillantes. Et plus belles, ce qui ne gâche rien. Pour conclure, et si je n’avais pas été claire, les rituels, je préfère penser que c’est plutôt pour profiter le plus efficacement possible de cette grande autoroute du plaisir que peut être une journée. Même une journée de rentrée.

IMG_9348.JPG

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s