Nouvelle-Zélande, le dos d’un dieu

Te Anau, 6 janvier

Le Lac Wakatipu. J’écris à partir de souvenirs vieux d’à peine une journée, c’est une forme de jouissance de se rappeler. D’être décalée, et de savourer, à nouveau, en étirant  et condensant le temps à loisir, le moment vécu et le lieu éprouvé.  Essayer de démêler l’écheveau de sensations et de réflexions faites sur le coup et dans le lieu, ainsi que les légendes et géographie inhérentes à ce même lieu.

Passer le peigne, quoi.
Tranquillement, en regardant dans un miroir.

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Alors, au son vibrant et plein des hélices d’un hélicoptère se posant sur le lac de Te Anau, je pense à celui de Wakatipu. L’endroit le plus mystérieux qu’il m’a été donné de voir jusqu’à présent. Une eau à perte de vue, claire et froide, en forme de S et délimitée par de vertigineuses montagnes de roche, qui tombent à pic sur ses plages de pierre. Ambiance minérale.

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Ses plages, babines d’un animal fantastique. Une montagne monstrueuse de hauteur, de volume et de présence, surplombe le lac. Vaguement pyramidale, aux côtes rugueuses et acérées, à la végétation rare. Un colosse, le dos d’un dieu, qui cache le soleil et qui résonne absolument partout. Une voix qui se fracasse entre l’eau, la roche et toi. Tu es dans le caisson de résonance d’une basse trop forte.

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C’est un endroit sourd et désert, une montagne étrangement toujours derrière soi, même quand on la gravit.

Le Lac Wakatipu est comme une mer intérieure. Il va-et-vient. Il divague. Sans marée qui le règle. On dit qu’il respire. Toutes les 5 minutes, il monte puis descend de 12 cm, comme s’il prenait une lente et profonde inspiration, pour expirer tout aussi intensément. On ne sait plus ce qui est humain de ce qui ne l’est pas ou plus. Abandon du peigne, et tresse à deux mains, en fermant les yeux.

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Ici, c’est l’intensité qui lie chaque chose, chaque élément, chaque souffle. C’est la force concentrée du micro au macroscopique qui homogénéise la sensation d’éparpillement, de dispersion des grands espaces, et qui permet d’y évoluer sans concession. Tout y est sans compromis. Ainsi, le cœur de Wakatipu bat, les deux ailes de son S s’ouvrent comme deux poumons pour ramener à lui l’air, le vent, la grève, voler une infime part de la montagne, pour finalement tout rendre, comme il l’a pris, sans remettre exactement les choses à leur place. Ça vit.

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Comme une longue embrassade dans laquelle l’embrassant et l’embrassé ne sont plus tout à fait les mêmes après qu’avant. Un chamboulement minime. C’est ce qui rend, en Nouvelle-Zélande, les territoires mouvants et très présents à l’humain.

Auteur : Caroline Boudehen

Journalist, writer & reporter (Asia)

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