Nouvelle-Zélande, dans la gueule du loup

Tuatapere, vers le pôle Sud, 8 janvier

Te Anau, le territoire des fjords. Des lames de dunes hautes et morcelées, comme si un loup avait mordu la terre à pleine gueule. C’est son empreinte, grandiose et terrifiante.

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Après avoir parcouru presque 30 kilomètres à pieds et à flanc de ces monts, où toundra et déserts se disputent l’espace du bord de mer, c’est par bateau que je me suis faufilée entre les dents du loup.

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Des lacs lunaires, suspendus, la domination absolue du vent, et toujours, le pouls de l’eau qui résonne à travers la nature. Une dérive calme et paisible entre verts froids et verts chauds, une géographie qui ne s’apprivoise que peu… et qui fait le charme du fiordland.

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Plus que les montagnes monstrueuses et les sommets, dont l’atteinte relève de la performance sportive et personnelle, les fjords s’imposent par l’immensité de leur éparpillement et cette manière un tant soit peu arrogante de vous dire, à peine y avez-vous planté votre pied : « Jamais tu ne pourras me voir en entier. Je t’offrirai un mystère, un millième de l’iceberg que je suis« .

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Qu’importe, le marcheur fonce tête baissée, dans un élan fougueux. Il sue, court puis se courbe et s’écrase contre une telle beauté, sur un paysage si impétueux. Le fjord exhale, aussi, des odeurs sucrées, d’épineux et de fleurs de la montagne. Enivrant. Des oiseaux rares et des plantes ancestrales s’y épanouissent. Le loup se lèche les babines, le marcheur s’en délecte.

Tuatapere, bush du loup, le 11 janvier

Tuatapere,  au sud du Fiordland, dans le Sud de l’île Sud de la Nouvelle-Zélande

L’extrémité du territoire. du monde. Dans une campagne profonde. A peine une centaine d’habitants, une rue principale, qui ne propose pas moins de quatre boutiques « seconde main », où l’on propose tout et rien. Bric à brac à l’usage perdu. Une revente de greniers. Le poste de police ressemble à une cabane de plage, avec ses lattes de bois blancs horizontales.

Tuatapere, perdu dans la diversité de ses reliefs et submergé par sa végétation. D’un côté les fjords, de l’autre les falaises qui tombent à pic sur le Pacifique. Quel est donc le pays qui se rapproche le plus de Tuatapere? Le Chili? l’Antarctique? On pense à ces mots exotiques que sont les pôles, les antipodes… qui correspondent à des imaginaires d’enfant.

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Les deux reliefs, vifs et acérés abritent le bush. Un type de jungle et de mousses, d’hybridation de plantes venues des montagnes, de la mer, des campagnes. A l’horizontale et à la verticale, les tentacules vertes se propagent, tantôt suivant la courbe d’une arche, tantôt visant le ciel ou les profondeurs de la terre.

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Rien d’hostile. Les insectes crissent sans discontinuer sans que l’on puisse les situer. La terre est rouge. C’est une forêt primitive qui se protège elle-même, et qui est le site préféré des adeptes de la méditation, pour des mois entiers…

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Le bush, la bouche verte, une langue épaisse de mousse éclatante tapisse ses papilles humides et son palais râpeux.

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La terre est meuble, et pourtant elle est le berceau d’arbres puissants et gigantesques. Les Totoruas, centenaires, larges et noueux, ont le tronc aussi rouge que la terre. Un environnement en contradiction, où de minuscules fleurs blanches s’éparpillent sur de massifs troncs d’arbres morts, sombres et inquiétants. Minuscules étoiles sur un ciel ravagé. Et pourtant, toutes ces dualités finissent par se rejoindre dans un système vivant et poétique, où toutes sortes de connexions s’opèrent. Réunion de climats divergents, création de nouvelles tempêtes. L’haleine du bush. Parfumée à l’humus et diverses baies, avec parfois, selon le vent, des notes plus salées.

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Les arbres de la route vers Riverton. De Tuatapere à la plus ancienne ville de Nouvelle-Zélande – une baie protégée de tout – le parcours le long des falaises et de l’océan se fait en suivant les arbres courbaturés, statues défigurées au rictus effroyable. Le bois est blanchi par le sel et la violence du Pacifique, les troncs ont été forcés à ras de terre, quasiment à l’horizontale. Les branches, elles, avant leur fossilisation, ont comme essayé de défendre leur colonne vertébrale, et sont comme des bras débiles et agités… qui plongeront finalement et définitivement vers le sol, vaincus.

L’ensemble est comme un tableau, un instant capturé et pris dans la lave, à un moment de leur bataille perdue. Bosquet plus mort que vivant, un bande de fantômes fantastiques, qui mettent en garde le badaud qui s’approcherait trop des vagues, hautes comme des bâtiments. Sculpture des pôles.

Dans le lodge quasi désert, vie en communauté et bienveillance sont maîtresses. Ferme bio, motel et champs, le système concorde pour prodiguer paresse et tranquillité d’esprit. Les histoires de chacun, pour qui s’échoue ici, sont toutes curieuses et ont un parfum de voyage et d’aventure. Une envie de découverte du monde et de ses centres, en dehors des circuits battus et rebattus. Last Light Lodge, c’est son nom.

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Auteur : Caroline Boudehen

Journalist, writer & reporter (Asia)

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