Noël à Shanghai : l’empire des non-sens

En Chine, le bon goût et la parcimonie règnent en maître, et ce, tout au long de l’année. Tout comme l’ironie et les sarcasmes des étrangers qui en parlent. Alors quand le calendrier fait date, tout le monde se surpasse pour donner le meilleur (et le pire). « Evénement » et « ultime » étant de parfaits synonymes en Chine, autant dire que Noël ne passe pas inaperçu.

Délice pour les pupilles, stimulation maximum des papilles, et aussi (et surtout) délectation suprême pour les écoutilles… Ça y est c’est Noël (en Chine). Non que d’habitude ce soit calme, et que les sens soient laissés en paix… Paix, un concept visiblement synonyme d’ennui d’ailleurs. Mais cette période de l’année prend quand même des proportions à la limite des capacités de résistance humaine (enfin des miennes, du moins). En fait c’est un comme si on offrait à chaque cellule du corps un Disneyland rien que pour elle.

IMG_0988

IMG_0990

Décorations à profusion, transformation surnaturelle des infrastructures, lumières en tous sens et toutes couleurs confondues, Jingle Bells tonitruants en veux-tu en voilà, en passant par l’invention de boisson « de Noël », mixtures élaborées avec de notes étranges et peu ragoutantes, des gâteaux relookés en amas crémeux rouge et vert ou en constructions métaphysiques (en respectant bien les codes visuels et primaires de Noël : à savoir, élan, rouge, vert, père noël, chalet). Ce qui revient à peu près au même finalement. Même les gens sont différents, et revêtent chapeaux, serre-têtes et accessoires en tous genres. Tout cela mis ensemble pendant un mois et bien c’est une grande comédie « musicale », ou… un scénario qui aurait mal tourné. Un mauvais rêve psychédélique, dont on peine à s’extraire :  répétition sans fin des mêmes décorations douteuses, des mêmes « chants » cacophoniques… des dédoublements à grande échelle qui font perdre toutes notions de bon sens ou de normalité. Comment en sortir ? Hiberner, consulter et/ou rentrer dans une phase méditative profonde (mais il faut déjà avoir un certain niveau en capacité d’abstraction).

Petit florilège:

Ce diaporama nécessite JavaScript.

IMG_0985
Pour accrocher sur le sapin

Et pour les esthètes culinaires:

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Et pendant ce temps, Pan Gu, dieu des Chinois, rigole.

Lorsque l’on sait que seulement 2% de Chrétiens vivent en Chine (source: asialyst.com), on ne peut pas croire que si les chinois célèbrent (à leur façon, certes) Noël, c’est (seulement) pour faire plaisir aux gentils expats bloqués ici. Bien sûr cela a à voir avec l’argent (on s’en doute) mais aussi… et bien l’occasion fait le larron, comme on dit. Car le Chinois aime faire la teuf. Apôtre inconditionnel du divertissement, et éternel enfant, il ne peut pas rater cette occasion internationale et plus, de s’amuser, et de sortir tout le stock de déco disponible. Parce qu’il n’a pas vraiment la maîtrise de la mesure et que le concept d’harmonie n’a apparemment rien à voir avec la définition du Larousse, le Chinois a du mal à différencier Noël d’une autre fête. Quézako, Quiproquo… no problemo : dans le doute, on sort tout. Et le too much n’existant pas dans le vocabulaire chinois, ne nous embarrassons pas. Mis à part les Merry Christmas qui clignotent un peu partout (il ne fait pas bon être épileptique en Chine), il n’existe pas vraiment de différence entre la Saint-Valentin, Halloween ou l’anniversaire d’un enfant. Amour immodéré du divertissement ou grand étalage des richesses ? Un peu des deux. Et comme toute fête réussie, ça se termine souvent avec un sentiment de boulimie.

Et comme Noël sans cadeau ne serait pas vraiment Noël, et bien Shanghai vient de s’offrir un 601ème Starbucks. Mais par n’importe lequel… puisque c’est le plus grand du monde. Quel intérêt sinon ? Presque 3000 m² de démonstration technologique, entre réalité augmentée et virtualités en tout genre (d’ailleurs le café est virtuel lui-aussi pour l’instant, car il faut encore faire une petite heure de queue pour pouvoir y goûter, et ce, deux semaines après l’ouverture). Et si on continue dans le répertoire des démesures, dorénavant dans l’ADN du pays – Attention spécial amateurs de foot – et bien sachez que c’est en Chine que se trouve la plus dingue des académies de football : 50 terrains (taille réelle bien sûr) pour pratiquer et une capacité d’accueil de 2500 ados. Alors les Chinois, futurs champions du monde ?

Joyeux Noël !

IMG_1009

Auteur : Caroline Boudehen

Journalist, writer & reporter (Asia)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s